Paysages et Paysans, 1899
Pendant la pluie
Après une chaleur si dureTout se rafraîchit pour l’instant.La pluie est absorbée autantPar le roc que par la verdure.
Terrains noirs, sillons bruns et roux,Prés et bois, les pentes, les trous,Toute la campagne qui songeS’en imbibe, la boit, l’éponge.
Les pauvres herbes altérées,Les mousses du val, du coteau,La pompent goulûment cette eau,Qui les rendra plus colorées !
Le limon fait comme le sableRestant sec sous son brillanté,Il aspire l’humidité…Et l’ornière est inremplissable.
En haut de ce chêne une pieSavoure son humectementAvec un tel ravissementQu’elle en paraît tout ébaubie.
La bergère a quitté son arbrePour avoir le corps plus mouillé ;Là-bas un vieux, stupéfié,Dans l’immobilité d’un marbre,
Ruisselle comme les feuillages ;Moi, de mon coin pierreux, j’observe les nuages,Au tintement de l’eau sur le gravier qui luit ;
Et je me surprends à sourire :Ce gazouillis claquant me rappelant le bruitQue fait l’huile fumante en une poêle à frire.
30 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Paysages et Paysans, Paris, BIBLIOTHÈQUE-CHARPENTIER, EUGÈNE FASQUELLE, ÉDITEUR, 1899· numérisation poesies.net· Sources