Paysages et Paysans, 1899
Réponse d’un Sage
Un jour qu’avec sollicitudeDes habitants d’une citéL’avaient longuement exhortéÀ sortir de sa solitude :
« Qu’irais-je donc faire à la ville ?Dit le songeur au teint vermeil,Regardant mourir le soleil,D’un air onctueux et tranquille.
Ici, de l’hiver à l’automne,Dans la paix des yeux, du cerveau,J’éprouve toujours de nouveauLa surprise du monotone.
Mes pensers qu’inspirent, composent,Les doux bruits, les molles couleurs,Sont des papillons sur des fleurs,Voltigeant plus qu’ils ne se posent.
Fuir pour les modes, les usagesD’un enfer artificielLe grand paradis naturel ?Non ! je reste à mes paysages.
Chez eux, pour moi, je le proclame !Le temps se dévide enchanté.J’ai l’extase de la santé,Le radieux essor de l’âme.
Mon cœur après rien ne soupire.Je tire mon ravissementDe l’espace et du firmament.C’est tout l’infini que j’aspire !
Vos noirs fourmillements humainsCourant d’incertains lendemains ?…J’aime mieux ces nuages roses !
Et je finirai dans ce coinMon court passage de témoin,Devant l’éternité des choses. »
34 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Paysages et Paysans, Paris, BIBLIOTHÈQUE-CHARPENTIER, EUGÈNE FASQUELLE, ÉDITEUR, 1899· numérisation poesies.net· Sources