Les Musardises, 1893· II Incertitudes
IX. « Oui, sans doute, et tant pis pour ceux que l'aveu choque »
Oui, sans doute, et tant pis‖ pour ceux que l'aveu choqueUne âme mélangée,‖ obscure, et de l'époque ;Du grave et du frivole,‖ et des hauts et des bas ;De grandes lâchetés‖ après de grands combats…Mais, du moins, nulle‖ hypocrisie, une profondeFranchise, un cœur pressé‖ de se montrer au monde,Qui, simplement, toujours,‖ à tous, se dévoila,Disant : « Voici le bien,‖ et, le mal, le voilà ;Voilà ce que je suis,‖ ni plus, ni moins » ; la crainteToujours d'être prisé‖ plus qu'on ne vaut, et mainteFois, pour qu'un sentiment‖ ne devienne trop grand,Le soin de l'amoindrir,‖ vite, en se dénigrant ;Pour l'injuste louange‖ autant de gêne à l'âmeQue peu d'étonnement‖ pour un injuste blâme ;Le mépris d'une estime‖ usurpée et du volD'une admiration ;‖ l'orgueil peut-être folDe vouloir être aimé‖ tel quel, avec ses tares ;Et tandis qu'ils s'en vont‖ chantant sur leurs guitares,Tous, toutes les vertus‖ dont le ciel les orna,La fierté satisfaite‖ et rogue, d'un qui n'aJamais voulu tromper,‖ jamais été de forceA remettre au bois mort‖ un peu de verte écorce ;Qui, jamais ne mentant‖ et ne bonimentant,N'a voulu de soi-même‖ être le charlatanEt proposer un cœur‖ où la faiblesse abondeComme le plus naïf‖ et le plus pur du monde ;Et qui, fardé, cherchant‖ un traître demi-jour,Jamais n'a raccroché‖ l'amitié ni l'amour ;Qui ne veut pas du tout,‖ par surprise, qu'on l'aime,Et qui, s'il est aimé‖ rarement, l'est lui-même,Lui-même pour lui-même,‖ avec son peu de bon,Son beaucoup de mauvais,‖ lui tout entier, et nonJe ne sais quel monsieur‖ de haute fantaisieFabriqué sans défauts‖ par son hypocrisie.
Et tandis que je rêve‖ ainsi, tout exaltéDe découvrir en moi‖ cette ultime fiertéQui loin de toute feinte‖ abaissante me pousse,Une petite voix‖ insidieuse et douceVient murmurer tout près‖ de moi : « Turlututu !Cette franchise,‖ est-ce vraiment de la vertu ?Cet effroi du mensonge‖ à soutenir, qui gêne,Ce superbe refus‖ de se donner la peineDe jouer, pour les gens,‖ tout un long rôle appris,De se contraindre en quoi‖ que ce soit, ce méprisDe toute hypocrisie,‖ — entre nous, ne serait-cePas simplement l'effet‖ d'une extrême paresse ? »
Versification
- Forme
- 2 distiquess (distiques)
- Rimes
- 23((aa))
- Mètre
- Alexandrins· profil 6=6
- Strophes
- 2 distiquess
- Mots à la rime
- a choque / l'époque féminine, classiqueb bas / combats masculine, classiquec profonde / monde féminine, classiqued dévoila / voilà masculine, classiquee crainte / mainte féminine, classiquef grand / dénigrant masculine, classiqueg l'âme / blâme féminine, classiqueh vol / fol masculine, classiquei tares / guitares féminine, classiquej orna / n'a masculine, classiquek force / écorce féminine, classiquel bonimentant / charlatan masculine, non classiquem abonde / monde féminine, classiquen demi-jour / l'amour masculine, classiqueo l'aime / lui-même féminine, classiquep bon / non masculine, classiqueq fantaisie / hypocrisie féminine, classiquea exalté / fierté masculine, classiqueb pousse / douce féminine, classiquec Turlututu / vertu masculine, classiqued gêne / peine féminine, classiquee appris / mépris masculine, classiquef serait-ce / paresse féminine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.2· écart moyen à la rime classique 0.2
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
46 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les Musardises, E. Fasquelle (Paris), 1911· numérisation gallica.bnf.fr· Sources