Œuvres, 1712· Épigrammes· Livre troisième
XXVII. A monsieur t…
Ami T… sais-tu pourquoiOn te fuit comme la chouette ?Non. Que peut-on reprendre en moi ?Rien, sinon d’être un peu trop poëte.Car quelle rage, en bonne foi !Toujours réciter, toujours lire !Point de paix dedans ni dehors ;Tu me talonnes quand je sors,Tu m’attends quand je me retire,Tu me poursuis jusques au bain.Je lis, tu m’étourdis l’oreille :J’écris, tu m’arrêtes la main ;Je dors, ton fausset me réveille ;A l’église je veux prier,Ton démon me fait renier.Bref, sur moi partout il s’acharne,Et si je t’enferme au grenier,Tu récites par la lucarne.Trop déplorable infirmité !En veux-tu voir l’énormité ?Bon homme, ingénu, serviable.Tu te fais haïr comme un diableAvecque toute ta bonté.
23 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvre de, Paris, GARNIER FRÈRES, LIBRAIRES-ÉDITEURS, 1869· numérisation gallica.bnf.fr· Sources