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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Œuvres complètes, 1659· Œuvres diverses

Caprice D. c

Marc-Antoine Girard de Saint-Amant· 148 vers

Cher enfant de Venus et du Dieu de la grappe,Puissant demon de ≋, adorable Priape,Qui, plus majestueux qu’un empereur romain,Portes, au lieu de sceptre, un vietdaze à la main,Et de qui le beau chef, que la gloire environne,Mesprisant l’or fatal, maintenant se couronneAu milieu des jardins du plus gros artichautDont on puisse esperer le secours le plus chaut,Fourny-moy de quelque herbe ou de quelque racineQui puisse me servir de prompte medecineA guerir mon outil d’un chancre veroléQui luy ronge le mufle et l’a tout desolé.Vueille bien loing de luy destourner cette injure :Le mal heureux qu’il est à ce coup t’en conjurePar le satirion, par les mirabolans ;Par le cœur des moineaux, au chocq si violants ;Par le doux aiguillon des pistaches confites ;Par ces poissons de mer qu’on appelle zophites ;Par la proprieté des jeunes champignons ;Par les ≋ de coq soustenus de pignons ;Par le lubrique effet des mouches cantarides ;Bref, par tout ce qui peut des corps les plus aridesFaire fluer le sperme, et remettre en vigueurLes nerfs des plus vieux ≋ abbatus de langueur.Priape, ainsi jamais les œufs frais ne te manquent,Ainsi jamais au lict tes forces ne s’efflanquent,Ainsi te puisses-tu plonger jusqu’au menton,Comme dans un bain chaud, dans le jus de mouton !Fay-moy doncques sentir, ô bien heureux genie,Par la fin de mon mal ta puissance infinie.Tu peux en ma faveur l’exercer noblement,Et mon ≋ à genoux t’en supplie humblement.Mais de quel terme usay-je ? ô que cette parole,Priape, en ton endroit doit passer pour frivole !Las ! je ne voy que trop, en ma debilité,Que tu ne hais rien tant comme l’humilité,Et qu’un membre superbe aux cieux levant la testeBien plus facilement obtiendroit sa requeste,Ayant affaire à toy, qu’un engin marmitteuxQui baisseroit l’oreille et feroit le piteux.J’arse encore pourtant, mais ce n’est pas d’envieDe gouster les plaisirs où l’amour nous convie ;Ce n’est que de douleur, ce n’est que de despit :Le ≋ dans mes reins oysivement croupit ;Que s’il en sort parfois, touché de quelques charmes,Ce n’est, las ! ce n’est plus qu’en qualité de larmes.Il pleure mes ennuys, et semble regretterLe temps où dans le ≋ je le soulois jetter,Quand avec la Neveu, cette Lays seconde,Cet astre des bordels qui luit à tout le monde,Ou sur quelque autre garce un peu moindre en beauté,J’assouvissois l’ardeur de ma lasciveté.Car, à dire le vray, ce qui le plus me fascheN’est pas tant de souffrir un tourment sans relascheComme d’estre privé, par ce mal, de ce bienSans lequel icy bas le vivre ne m’est rien.Aussi le plus souvent je m’escrie en ma peine :Plust au ≋ des ≋ que ma ≋ fust saine,A la charge d’aller au rang des Quinze-VingtsEt de perdre à jamais l’usage des bons vins !Bacchus, mon gros falot, pardonne à ma luxure ;J’en dy trop, je l’avoue, et merite censure.Mais toy-mesme, en ce mal qui rend un ≋ perclus,Que ne dirois-tu point si tu ne ≋ plus ?J’oseroy bien jurer que, quand sur un rivageTu trouvas la beauté qui te mit en servage,Et de qui la couronne éclatte dans les cieux,Qui ne brillent pas tant que faisoient ses beaux yeuxQuoy que d’un traistre amour elle fust abusée,Quoy que son pauvre ≋ du ≋ de TheséeFust encore tout chaut, tout gras et tout mouillé,Et que jusqu’au nombril son ventre en fust souillé,Tu n’eusses pas voulu pour tout le vin de NiseQu’un chancre t’eust gardé de lever sa chemise,Et lui faire sentir flanc à flanc, bec à bec,Qu’à la dance du loup tu valois bien le Grec.O chancre ! ô maudit chancre ennemy de ma joie !O cruel animal, dont mon ≋ est la proye,Qui rongeroit un corps quand il seroit de fer,Non pas signe du ciel, mais bien signe d’enfer,O monstrueux poisson, qui vis de chair humaine !O funeste present de madame Germaine !Me faut-il donc resoudre à la decoction !M’iray-je empoisonner de cette infectionQue je croy qu’on boiroit, tant elle est effroyable,Pour du jus de fumier, à la santé du diable,Et que je ne puis voir, ny couché, ny debout,Sans faire la grimace et pester contre tout,En jettant la moitié le plus souvent à terre,Ou tantost, de colere, et le reste et le verre,Au nez imperieux de ce chien de barbierA qui, par tant de fois, j’ay servi de gibier !Las ! encore est-ce peu s’il ne faut que MercureSe desguise en onguent pour faire cette cure,Et si, pour m’achever après cette sueur,Dans un poësle ou du jour n’entre aucune lueur,Je ne me voy reduit, sur une triste couche,Au remede vilain d’un puant flux de bouche,Qui, m’ulcerant la langue et m’esbranlant les dents,Me laisse pour ce mal de pires accidents,Et me face estonner, me voyant de la sorte,S’entend aussi muët qu’une personne morte,Qu’avec une pillule, ou deux au plus aller,Le dieu des babillards m’empesche de parler.Mon corps tremble d’horreur d’une telle pensée ;Mon tourment s’en accroist, mon ame en est blessée,Et je bave desjà, dans ce poignant frisson,Comme un limier en queste ou comme un limaçon.O toy, vieille putain, cause de mon martyre !Toy chez qui tout le jour on dit que se retireLe noir moine bourru, pour prendre le deduit,Lorsqu’il revient crotté d’avoir couru la nuit ;Toy qui vas au sabath en forme de grenouille,A cheval sur un jong ou sur une quenouille ;Toy louve, toy guenon, qui m’as si bien poivréQue je ne croy jamais en estre delivré ;Toy que je chevauchay quasi par penitance ;Toy qui, dans ma douleur, fais bouquer ma constance,Pour te recompenser, inspiré d’un lutin,Je prie, en reniant au bourreau du destin,Que le diable te ≋ avec un ≋ d’escaille,Qu’aux barbets pour pisser tu serves de muraille,Que les chats enragez soient tes plus chers galans,Qu’il ne pleuve sur toy que des estrons volans,Que ton ≋ et ton ≋ ne fassent rien qu’un gouffre,Que l’air pour tes nazeaux soit tout rempli de souffre,Qu’à chacun de tes pas tu puisses faire un rot,Que pour toy ton guildin n’aille que le grand trot,Qu’il tombe sur tes dents un horrible catherre,Que ton pain le meilleur n’ait que le goust de terre,Qu’à la glu de tes yeux se prennent les hibous,Qu’on face de tes bras des bastons à deux bouts,Que ton ame, à la fin, pourrisse de verole,Qu’au hurlement d’un ours se change ta parole.Que les doux de saint Main te viennent accueillir,Qu’un eternel hocquet te face tressaillir,Que jusqu’en tes sourcils les morpions se nichent,Que les placarts d’enfer dessus ton front s’affichent,Que tous tes excremens tu rendes par le nez,Que contre tes desirs tes sens soient mutinez,Que rien que d’effroyable en ton oreille n’entre,Qu’un sourd à coups de fouet t’estrille dos et ventre,Que ton cuir ait l’esclat des bottes d’un pescheur,Que ta main ait d’un gril la forme et la blancheur,Que ta gorge ressemble aux ≋ d’un hermite,Que dessus un fumier ton age se limite ;Bref, que de tes cheveux, au lieu de bracelets,On face des licoux à pendre des valets.

148 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes, Paris, P. JANNET Libraire, 1855· Sources