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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Œuvres complètes, 1659· Seconde partie

La Petarrade aux rondeaux

Marc-Antoine Girard de Saint-Amant· CAPRICE.· 72 vers

Double homonime, et vous, fine equivoque,A jointes mains ma Clion vous invoquePour fagotter quelque gentil rondeauQui desarçonne et Victor et Brodeau.Auprès de vous les plus hautes penséesSont aujourd’huy dans l’estime abbaissées ;Les plus beaux sens, les termes les plus forts,Tous eshanchez, rampent à demy morts,Et le caprice avecques sa peinture,Qui fait bouquer et l’Art et la Nature,Ce fou divin, riche en inventions,Bizarre en mots, vif des descriptions,Ce rare autheur des nobles balivernes,Quoy qu’inspiré du demon des tavernes,N’ose parestre et n’a plus de creditDepuis qu’en cour vostre honneur reverdit.Voyez un peu comme icy tout se change !Comme du blasme on passe à la louange !Je vous croyois infames autrefois,Et maintenant je vous donne ma vois ;J’eusse juré qu’au front des seuls theatresLes francs badauts, des farces idolastres,Les sots laquais et les vils crocheteurs,Se montreroient vos seuls admirateurs ;Et cependant, forcé de m’en desdire,Tout le premier j’en estouffe de rire ;Je vous cheris, je vous approuve en vers,Et hors d’Envers j’en veux faire à l’envers.Hymnes sacrez, piteuses elegies,Stances d’amour, joviales orgies,Odes sans pair, doux et graves sonnets,Vous n’estes plus que chants à sansonnets :Un seul rondeau vaut un poëme epique ;Un seul rondeau vous fait à tous la nique,Et l’epigrame, à sa comparaison,N’est qu’un labeur sans rime et sans raison.Ha ! je voy bien qu’en ce siecle maladePour plaire au goust il faut que la balade,Le chant royal et le gay triolet,R’entrent en vogue et prosnent leur rolet.Je connois bien qu’il faut que l’anagrame,Et l’acrostiche, et l’echo qu’on reclame,Et qui respond si bien au bout du vers,Soient ramenez aux yeux de l’univers ;Qu’en suitte d’eux il convient que l’epistre,Le lay pleurard, le virelay belistre,L’enigme goffe et l’embleme pedant,Sur nostre esprit reprennent ascendant ;Qu’il faut enfin que le diantre on revoye,Que le rebus ses deux LL desploye,Et qu’à son flanc le cocq-à-l’asne aussiErgottant tout vole et rechante icy.Çà, faisons mieux, barbotons les parolesQue la magie enseigne en ses escoles ;Traçons un cerne et prononçons tout bas :Morric, morruc, tarrabin, tarrabas ;Qu’à ces grands mots, horreur des cimetieres,Sortent en chats grondans par les goutieresSous la faveur du bon maistre Astarot,Chartier, Cretin, Saint-Gelais et Marot ;Que Des-Accords, en de mesmes fourrures,Rapporte au jour ses plattes Bigarrures,Avec Fauchet, en vain laborieux,Et l’advocat sottement curieux :Mille secrets nous en pourrons apprendre ;Ils nous diront comment il s’y faut prendrePour fagotter quelque gentil rondeau,Qui desarçonne et Victor et Brodeau.Mais sans besoin ce charme je propose,Puisque, la grace à la metempsicose,On les voit tous ayant la plume en main :Gilles, Le Blanc, Du-Lot et Vieux-Germains.

72 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes, Paris, P. JANNET Libraire, 1855· numérisation numelyo.bm-lyon Bibliothèque numérique de Lyon· Sources