Œuvres complètes, 1659· Première partie.
La Remonstrance inutile
Vivante image de la mort,Perrette à la mine de plastre,De qui la gueule sent plus fortQue ne fait quelque vieille emplastre,Vous qui n’osez marcher de jour,Osez-vous bien parler d’amour !
Et quoy ! vous n’avez plus de dentsQue pour manger de la moustarde,De nez que pour les accidentsD’un pet ou bien d’une nazarde,De voix que pour faire du bruit,Ny plus d’yeux que pour voir la nuict.
Songez à partir de ce lieu :Vostre temps a plié bagage ;Assurez-vous qu’il est un Dieu,Puisque je vous tiens ce langage,Et que mon cœur peut consentirDe vous voir dans le repentir.
Enfermez-vous dans un convent ;Laissez vos desirs à la porte ;Veillez et priez si souventD’une oraison qui vous transporte,Qu’ainsi vous puissiez voir sans yeuxQu’en la terre on peut estre aux cieux.
Faites vostre lit d’un rocher,Prenez la haire et le cilice,Gourmandez si bien vostre chair,Que vous fassiez mourir le vice ;Bref, que pour gaigner paradis,Tous vos jours soient des vendredis.
Mais quoy ! vous ne m’escoutez pas,Vous riez en hochant la teste !Je voy bien que je pers mes pas.Par la morgoy ! je suis bien beste !Rien ne sert de vous exhorter :Le diable vous puisse emporter !
36 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes, Paris, P. JANNET Libraire, 1855· numérisation numelyo.bm-lyon Bibliothèque numérique de Lyon· Sources