Œuvres complètes, 1659· Première partie.
Sonnet
Assis sur un fagot, une pipe à la main,Tristement accoudé contre une cheminée,Les yeux fixes vers terre, et l’ame mutinée,Je songe aux cruautés de mon sort inhumain.
L’espoir, qui me remet du jour au lendemain,Essaye à gaigner temps sur ma peine obstinée,Et, me venant promettre une autre destinée,Me fait monter plus haut qu’un empereur romain.
Mais à peine cette herbe est-elle mise en cendre,Qu’en mon premier estat il me convient descendre,Et passer mes ennuis à redire souvent :
Non, je ne trouve point beaucoup de differenceDe prendre du tabac à vivre d’esperance,Car l’un n’est que fumée, et l’autre n’est que vent.
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes, Paris, P. JANNET Libraire, 1855· numérisation numelyo.bm-lyon Bibliothèque numérique de Lyon· Sources