Rimes familières, 1890· Strophes
Les heures
Toutes nous blessent, la dernièreNous tue, ayant enfin pitiéQuand elle achève sans colèreL’œuvre faite plus d’à moitié.
Les autres, même la plus douce,Hélas ! nous usent lentement,Et chacune d’elle nous pousseVers le funèbre monument.
Funèbre ? non. Quelle caresseVaut le sommeil sans lendemain ?Vienne l’heure, pâle maîtresseQu’on espère jamais en vain !
Elle viendra, consolatrice,Tarir la source des remords :Nulle passion tentatriceNe trouble le repos des morts.
Ces heures, pleines d’espérance,De terreur ou de volupté,Ne sont pourtant qu’une apparence,Un rêve sans réalité.
Le temps, l’espace : vain mirage,Mots creux auxquels rien ne répond ;Bruit de la vague sur la plage,Du caillou dans le puits profond !
Avec le mètre et l’heure, infime,L’homme prétend jauger les mersDont l’infini creuse l’abîme,Qui pour flots ont des univers !
Sonnez, sonnez, Heures futiles,Mensonge par l’homme inventé !Résonnez ! vos sons inutilesSe perdent dans l’éternité.
Versification
- Forme
- 8 quatrains (quatrains)
- Rimes
- 8(abab)
- Mètre
- Octosyllabes
- Strophes
- 8 quatrains
- Mots à la rime
- a dernière / colère féminine, classiqueb pitié / moitié masculine, classiquea douce / pousse féminine, classiqueb lentement / monument masculine, classiquea caresse / maîtresse féminine, classiqueb lendemain / vain masculine, classiquea consolatrice / tentatrice féminine, classiqueb remords / morts masculine, classiquea d’espérance / apparence féminine, classiqueb volupté / réalité masculine, classiquea mirage / plage féminine, classiqueb répond / profond masculine, classiquea infime / l’abîme féminine, classiqueb mers / univers masculine, classiquea futiles / inutiles féminine, classiqueb inventé / l’éternité masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.6· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
32 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Rimes familières, Paris, Calmann Lévy, 1890· numérisation wikisource.org· Sources