Poésies de sainte-Beuve, 1830‑1840· Pensées d’août Octobre 1837
À David
Statuaire (SUR UNE STATUE D’ENFANT)
Divini opus Alcimedontis.VIRGILE.
L’enfant ayant aperçu(À l’insuDe sa mère, à peine absente)Pendant au premier rameauDe l’ormeauUne grappe mûrissante ;
L’enfant, à trois ans venu,Fort et nu,Qui jouait sur la belle herbe,N’a pu, sans vite en vouloir,N’a pu voirBriller le raisin superbe.
Il a couru ! ses dix doigtsÀ la fois,Comme autour d’une corbeille,Tirent la grappe qui ritDans son fruit.Buvez, buvez, jeune abeille !
La grappe est un peu trop haut ;Donc il fautQue l’enfant hausse sa lèvre.Sa lèvre au fruit déjà prend,Il s’y pend,Il y pend comme la chèvre.
Oh ! comme il pousse en dehorsTout son corps,Petit ventre de Silène,Reins cambrés, plus fléchissantsEn leur sensQue la vigne qu’il ramène.
À deux mains le grain fouléA coulé ;Douce liqueur étrangère !Tel, plus jeune, il embrassaitEt pressaitLa mamelle de sa mère.
Âge heureux et sans soupçon !Au gazonQue vois-je ? un serpent se glisse,Le même serpent qu’on ditQui mordit,Proche d’Orphée, Eurydice.
Pauvre enfant ! son pied levéL’a sauvé ;Rien ne l’avertit encore. —C’est la vie avec son dardTôt ou tard !C’est l’avenir ! qu’il l’ignore !
48 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Vie, poésies et pensées de joseph Delorme, Paris, MICHEL LÉVY FRÈRES, LIBRAIRES ÉDITEURS, 1863· numérisation wikisource.org· Sources