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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Poésies de sainte-Beuve, 1830‑1840· Pensées d’août Octobre 1837

« La voilà, pauvre mère, à Paris arrivée »

Charles Augustin Sainte-Beuve· 32 vers

La voilà, pauvre mère, à Paris arrivéeAvec ses deux enfants, sa fidèle couvée !Veuve, et chaste, et sévère, et toute au deuil pieux,Elle les a, seize ans, élevés sous ses yeuxEn province, en sa ville immense et solitaire,Déserte à voir, muette autant qu’un monastère,Où croît l’herbe au pavé, la triste fleur au mur,Au cœur le souvenir long, sérieux et sûr.Mais aujourd’hui qu’il faut que son fils se décideÀ quelque état, jeune homme et docile et timide,Elle n’a pas osé le laisser seul venir ;Elle le veut encor sous son aile tenir ;Elle veut le garder de toute impure atteinte,Veiller en lui toujours l’image qu’elle a peinte(Sainte image d’un père !), et les devoirs écritsEt la pudeur puisée à des foyers chéris ;Elle est venue. En vain chez sa fille innocente,L’ennui s’émeut parfois d’une compagne absente,Et l’habitude aimée agite son lien :La mère, elle, est sans plainte et ne regrette rien.Mais si son fils, dehors qu’appelle quelque étude,Est sorti trop longtemps pour son inquiétude,Si le soir, auprès d’elle, il rentre un peu plus tard,Sous sa question simple observez son regard !Pauvre mère ! elle est sûre, et pourtant sa voix tremble,Ô trésor de douleurs, — de bonheurs tout ensemble !Car, passé ce moment, et le calme remis,Comme aux soirs de province, avec quelques amisRetrouvés ici même, elle jouit d’entendre(Cachant du doigt ses pleurs) sa fille, voix si tendre,Légère, qui s’anime en éclat argenté,Au piano, — le seul meuble avec eux apporté.

32 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Vie, poésies et pensées de joseph Delorme, Paris, MICHEL LÉVY FRÈRES, LIBRAIRES ÉDITEURS, 1863· numérisation wikisource.org· Sources