Poésies de sainte-Beuve, 1830‑1840· Notes et sonnets Faisant suite aux pensées d’août
Sonnet
IMITÉ DE RUCKERT
Et moi je fus aussi pasteur en Arcadie ;J’y fus ou j’y dois être, et c’est là mon berceau.Mais l’exil m’en arrache : à l’arbuste, au roseauJe vais redemandant flûtes et mélodie.
Où donc est mon vallon ? Partout je le mendie.Une femme aux doux yeux qui montait le coteau :« Suis-moi, dit-elle, allons à ton vallon si beau. »Je crois ; elle m’entraîne et fuit : ô perfidie !
Une autre femme vient et me dit à son tour :« Celle qui t’a trompé, c’est Promesse d’amour ;Moi je suis Poésie, et n’ai point de mensonge.
Dans ta chère Arcadie, au delà du réel,Je te puis emporter, et sur un arc-en-ciel,Mais d’esprit seulement. — Vois s’il suffit du songe ? »
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Vie, poésies et pensées de joseph Delorme, Paris, MICHEL LÉVY FRÈRES, LIBRAIRES ÉDITEURS, 1863· numérisation wikisource.org· Sources