Poésies de sainte-Beuve, 1830‑1840· Pensées d’août Octobre 1837
Sonnet
À M. JUSTIN MAURICE
Dans le Jura.
Nous gravissions de nuit une route sévère,Une côte escarpée aux rochers les plus hauts ;L’orage avait cessé ; chaque nue en lambeauxFlottait, laissant des jours où brillait quelque sphère.
Une raie un peu blanche au loin parut se faire :C’est l’aube, dit quelqu’un ; — et sur ces monts si beaux,Si beaux de ligne sombre, et pour moi si nouveaux,Je chantais en mon cœur : Voyons l’aube légère !
Mais, à peine à mon siège où j’étais remonté,Le sommeil du matin, pesant, précipité,Ferma de plomb mes yeux. — Quand déjà l’aube errante
Luit du bord éternel, ainsi l’autre sommeil,Le sommeil de la mort saisit l’âme espérante,Et nous nous réveillons au grand et plein soleil !
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Vie, poésies et pensées de joseph Delorme, Paris, MICHEL LÉVY FRÈRES, LIBRAIRES ÉDITEURS, 1863· numérisation wikisource.org· Sources