Poésies de sainte-Beuve, 1830‑1840· Pensées d’août Octobre 1837
Sonnet
À MON AMI CH. LABITTE
En voyant, jusqu’ici ce que j’ai vu si peu,La nature et sa gloire, et sa simple harmonie ;Au sombre fond des pins cette douceur unieDes saules en cordon, feuillage pâle et bleu ;
En voyant ces épis sous des rayons de feu,Ou blonds, ou d’or ardent et la tête brunie,Ou verts de tige encor, toute une onde infinie,Et que demain la faux nivelle d’un seul jeu ;
En voyant, Emmenthal, verdoyer ta vallée,Et luire au grand soleil, épaissie, émaillée,Cette herbe la plus tendre au regard qui s’y prend,
Je pensais : Que ne puis-je ainsi peindre en mon style !Comme on dirait alors : Sa nuance est facile !Comme on dirait de moi : Son art est transparent !
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Vie, poésies et pensées de joseph Delorme, Paris, MICHEL LÉVY FRÈRES, LIBRAIRES ÉDITEURS, 1863· numérisation wikisource.org· Sources