Poésies de sainte-Beuve, 1830‑1840· Les consolations (Mars 1830)
VII. Sonnet
L’autre nuit, je veillais dans mon lit sans lumière,Et la verve en mon sein à flots silencieuxS’amassait, quand soudain, frappant du pied les cieux,L’éclair, comme un coursier à la pâle crinière,
Passa ; la foudre en char retentissait derrière,Et la terre tremblait sous les divins essieux :Et tous les animaux, d’effroi religieuxSaisis, restaient chacun tapis dans leur tanière.
Mais moi, mon âme en feu s’allumait à l’éclair ;Tout mon sein bouillonnait, et chaque coup dans l’airÀ mon front trop chargé déchirait un nuage.
J’étais dans ce concert un sublime instrument ;Homme, je me sentais plus grand qu’un élément,Et Dieu parlait en moi plus haut que dans l’orage.
Août 1829.
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Vie, poésies et pensées de joseph Delorme, Paris, MICHEL LÉVY FRÈRES, LIBRAIRES ÉDITEURS, 1863· numérisation wikisource.org· Sources