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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Poésies de sainte-Beuve, 1829· Suite de joseph Delorme· Pour mon ami Ulric Guttinguer

III. « Au temps de nos amours, en hiver, en décembre »

Charles Augustin Sainte-Beuve· 30 vers

Quod mihi si secum tales concedere noctes
Illa velit, vitæ longus et annus erit ;
Si dabit hæc multas, fiam immortalis in illis
Nocte una quivis vel Deus esse potest.PROPERCE.

Au temps de nos amours, en hiver, en décembre,Durant deux nuits souvent enfermés dans sa chambre,Sans ouvrir nos rideaux, sans lever nos verrous,Ardents à dévorer l’absence du jaloux,Nous avions, dans nos bras, éternisé la vie ;Tous deux, d’une âme avide et jamais assouvie,Redoublant nos baisers, irritant nos désirs,Nous n’avions dit qu’un mot entre mille soupirs,Nous n’avions fait qu’un rêve, — un rêve de chaumière,D’âge d’or, de printemps, de paisible lumière,De fuite ensemble au loin, d’amour au sein des bois,D’entretiens, chaque soir, sans fin, à demi-voix :Et tout cela confus, comme dans un nuage ;Et dehors, cependant, la bise faisait rage,Et la neige à flocons aux vitres s’entassait ;Et lorsque après deux nuits le matin commençait,Lorsque, sans plus tarder, glissant par sa croisée,Je la laissais au lit haletante et brisée,Et que, tout tiède encor de sa molle sueur,L’œil encor tout voilé d’une humide lueur,

Le long des grands murs blancs, comme esquivant un piège,Le nez dans mon manteau, je marchais sous la neige,Mon bonheur ici-bas m’avait fait immortel ;Mon cœur était léger, car j’y portais le ciel ;Mon pied impatient, touchant la terre à peine,Bondissait ; et toujours je sentais son haleineEt ses moites baisers ; et fatigue, et péril,Et froid, j’oubliais tout : tel l’amant en avrilS’ouvre dans les lilas sa route parfumée,Ou tel un jeune dieu suit la mortelle aimée.

30 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Vie, poésies et pensées de joseph Delorme, Paris, MICHEL LÉVY FRÈRES, LIBRAIRES ÉDITEURS, 1863· numérisation wikisource.org· Sources