Poésies de sainte-Beuve, 1829· Suite de joseph Delorme
XXII. (Il y faudrait de la musique de Gluck.)
Laissez-moi ! tout a fui. Le printemps recommence ;L’été s’anime, et le désir a lui ;Les sillons et les cœurs agitent leur semence.Laissez-moi ! tout a fui.
Laissez-moi ! dans nos champs, les roches solitaires,Les bois épais appellent mon ennui.Je veux, au bord des lacs, méditer leurs mystères,Et comment tout m’a fui.
Laissez-moi m’égarer aux foules de la ville ;J’aime ce peuple et son bruit réjoui ;Il double la tristesse à ce cœur qui s’exile,Et pour qui tout a fui.
Laissez-moi ! midi règne, et le soleil sans voilesFait un désert à mon œil ébloui.Laissez-moi ! c’est le soir, et l’heure des étoiles ;Qu’espérer ? tout a fui.
Oh ! laissez-moi, sans trêve, écouter ma blessure,Aimer mon mal et ne vouloir que lui.Celle en qui je croyais, celle qui m’était sûre…Laissez-moi ! tout a fui.
20 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Vie, poésies et pensées de joseph Delorme, Paris, MICHEL LÉVY FRÈRES, LIBRAIRES ÉDITEURS, 1863· numérisation wikisource.org· Sources