Poésies de sainte-Beuve, 1829· Poésies
Sonnet
À Ronsard pour un ami qui publiait une édition de ce poète.
À toi, Ronsard, à toi, qu’un sort injurieuxDepuis deux siècles livre aux mépris de l’histoire,J’élève de mes mains l’autel expiatoireQui te purifiera d’un arrêt odieux.
Non que j’espère encore, au trône radieuxD’où jadis tu régnais, replacer ta mémoire ;Tu ne peux de si bas remonter à la gloire :Vulcain impunément ne tomba point des cieux.
Mais qu’un peu de pitié console enfin tes mânes ;Que, déchiré longtemps par des rires profanes,Ton nom, d’abord fameux, recouvre un peu d’honneur !
Qu’on dise : Il osa trop, mais l’audace était belle ;Il lassa, sans la vaincre, une langue rebelle,Et de moins grands, depuis, eurent plus de bonheur.
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Vie, poésies et pensées de joseph Delorme, Paris, MICHEL LÉVY FRÈRES, LIBRAIRES ÉDITEURS, 1863· numérisation wikisource.org· Sources