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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Au Jardin de l’Infante, 1893

Douleur

Albert Samain· 10 quatrains, alexandrins, 40 vers

Douleur,quel sombre instinct‖ dans tes bras nous ramène ?Pourquoi frémissons-nous‖ cette âpre volupté,En entendant du fond‖ des violons monterLe vieil écho profond‖ de la misère humaine ?

Pourquoi nos soirs d'amour‖ n'ont-ils toute douceur,Que si l'âme trop pleine‖ en lourds sanglots s'y brise ?La Tristesse nous hante‖ avec sa robe grise,Et vit à nos côtés‖ comme une grande sœur.

Les plus hauts d'entre nous,‖ vaguant par les ténèbres.Artisans raffinés‖ de leur propre tourment,Ont taillé leur souffrance‖ ainsi qu'un diamant,Pour lui faire jeter‖ des éclats plus funèbres.

Et le cœur dit : « Je suis‖ l'ivrogne furibond.Certes, la joie est bonne,‖ et luit couleur de gloire ;Mais quand c'est la Douleur‖ même qui verse à boire,Le verre qu'elle tend‖ nous semble si profond.

J'ai soif… A moi le vin‖ des artères brûlantes,L'amour terrible et doux,‖ l'espoir vermeil des fortsL'ennui brûle, j'ai soif…‖ Ah ! versez à pleins bordsLe sang jailli des grandes‖ âmes ruisselantes !

L'Orgueil coiffe nos fronts‖ d'un casque triomphant ;Mais je sens des fraîcheurs‖ de torrents et d'eaux vives.Et d'immenses forêts‖ profondes et plaintives.Quand la pitié me touche‖ avec sa main d'enfant.

Les dieux puissants vivaient‖ l'éternelle journée,Assis dans la lumière‖ avec des fronts d'airain,La croix du Pâle a fait‖ son geste souverain,Et la terre à genoux‖ vers elle s'est tournée.

Je veux des passions,‖ de l'amour, de la foi.Comme un guerrier farouche‖ avide de blessures.Je veux voir, même au prix‖ de défaites trop sûres.S'éparpiller mon beau‖ sang rouge autour de moi !

Sous la main qui détient‖ l'or des miséricordes,Vivre, sentir en soi‖ les houles de la mer.Tendre — toute en frissons !‖ — la lyre de la chairEt que la lyre en feu‖ fasse éclater ses cordes !

Car je suis dans l'ivresse‖ ardente de souffrir.Frère des grands flambeaux‖ dont le vent tord la flamme,Et qui, saignant à flots‖ les pourpres de leur âme,Jettent leurs plus beaux feux‖ à l'heure de mourir. »

Versification

Forme
10 quatrains (quatrains)
Rimes
10(abba)
Mètre
Alexandrins· profil 6=6
Strophes
10 quatrains
Mots à la rime
a ramène / humaine féminine, classiqueb volupté / monter masculine, non classiquea douceur / sœur masculine, classiqueb brise / grise féminine, classiquea ténèbres / funèbres féminine, classiqueb tourment / diamant masculine, classiquea furibond / profond masculine, classiqueb gloire / boire féminine, classiquea brûlantes / ruisselantes féminine, classiqueb forts / bords masculine, classiquea triomphant / d'enfant masculine, classiqueb vives / plaintives féminine, classiquea journée / tournée féminine, classiqueb d'airain / souverain masculine, classiquea foi / moi masculine, classiqueb blessures / sûres féminine, classiquea miséricordes / cordes féminine, classiqueb mer / chair masculine, classiquea souffrir / mourir masculine, classiqueb flamme / âme féminine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.3· écart moyen à la rime classique 0.2

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

40 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvre Poétique Complète, Paris, MERCURE DE FRANCE, 1921· numérisation poesies.net· Sources