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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Au Jardin de l’Infante, 1893

Elégie

Albert Samain· 9 quatrains, alexandrins, 36 vers

A Gabriel Randon

Quand la nuit verse sa‖ tristesse au firmamentEt que, pâle au balcon,‖ de ton calme visageLe signe essentiel‖ hors du temps se dégage,Ce qui t'adore en moi‖ s'émeut profondément.

C'est l'heure de pensée‖ où s'allument les lampes.La ville où peu à peu‖ toute rumeur s'éteint,Déserte, se recule‖ en un vague lointainEt prend cette douceur‖ des anciennes estampes.

Graves, nous nous taisons.‖ Un mot tombe parfois,Fragile pont où l'âme‖ à l'âme communique.Le ciel se décolore ;‖ et c'est un charme uniqueCette fuite du temps,‖ il semble, entre nos doigts.

Je resterais ainsi‖ des heures, des années.Sans épuiser jamais‖ la douceur de sentirTa tête aux lourds cheveux‖ sur moi s'appesantir,Comme morte parmi‖ les lumières fanées.

C'est le lac endormi‖ de l'heure à l'unisson,La halte au bord du puits,‖ le repos dans les roses ;Et par de longs fils d'or‖ nos cœurs liés aux chosesSous l'invisible archet‖ vibrent d'un long frisson.

Oh ! garder à jamais‖ l'heure élue entre toutes,Pour que son souvenir,‖ comme un parfum séché,Quand nous serons plus tard‖ las d'avoir trop marché,Console notre cœur,‖ seul, le soir, sur les routes.

Voici que les jardins‖ de la Nuit vont fleurir.Les lignes, les couleurs,‖ les sons deviennent vagues.Vois, le dernier rayon‖ agonise à tes bagues.Ma sœur, entends-tu pas‖ quelque chose mourir !…

Mets sur mon front tes mains‖ fraîches comme une eau pure,Mets sur mes yeux tes mains‖ douces comme des fleurs ;Et que mon âme, où vit‖ le goût secret des pleurs.Soit comme un lis fidèle‖ et pâle à ta ceinture.

C'est la Pitié qui pose‖ ainsi son doigt sur nous ;Et tout ce que la terre‖ a de soupirs qui montent,Il semble qu'à mon cœur‖ enivré le racontentTes yeux levés au ciel‖ si tristes et si doux.

Versification

Forme
9 quatrains (quatrains)
Rimes
9(abba)
Mètre
Alexandrins· profil 6−6
Strophes
9 quatrains
Mots à la rime
a firmament / profondément masculine, classiqueb visage / dégage féminine, classiquea lampes / estampes féminine, classiqueb s'éteint / lointain masculine, non classiquea parfois / doigts masculine, classiqueb communique / unique féminine, classiquea années / fanées féminine, classiqueb sentir / s'appesantir masculine, classiquea l'unisson / frisson masculine, classiqueb roses / choses féminine, classiquea toutes / routes féminine, classiqueb séché / marché masculine, classiquea fleurir / mourir masculine, classiqueb vagues / bagues féminine, classiquea pure / ceinture féminine, classiqueb fleurs / pleurs masculine, classiquea nous / doux masculine, classiqueb montent / racontent féminine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.8· écart moyen à la rime classique 0.3

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

36 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvre Poétique Complète, Paris, MERCURE DE FRANCE, 1921· numérisation poesies.net· Sources