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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Le Chariot d’or, 1900· Élégies

« Une heure sonne au loin. — je ne sais où je vais »

Albert Samain· distiques, alexandrins, 40 vers

Une heure sonne au loin.‖ — je ne sais où je vais.Oh ! J'ai le cœur si plein‖ de toi, si tu savais !Je te vois, je t'entends.‖ Devant moi solitaireUne apparition‖ blanche frôle la terre,Comme une fée au fond‖ des clairières, le soir.Et cette ombre d'amour‖ si radieuse à voir,Elle a tes yeux, tes yeux‖ d'émeraude, ô ma vie,Dont la douceur étrange‖ aux longs rêves convie,Comme l'azur profond‖ de la mer ou des cieux ;Et sa robe qui glisse‖ à plis silencieux,Sa robe, c'est la tienne‖ aussi, ma bien-aimée,Ta robe de bohème‖ onduleuse et laméeOù l'or parmi la soie‖ allume maint éclair,Ta robe, fourreau mince‖ et tiède de ta chair,Dont le seul souvenir,‖ effleurant ma narine,Fait couler un ruisseau‖ d'amour dans ma poitrine…

Je suis seul. Le silence‖ emplit les quais déserts.L'âme en fleurs du printemps‖ s'exhale dans les airs.C'est une tiède nuit‖ d'amant ou de poète,Et j'ai l'amour à l'âme‖ et l'amour à la tête,Et j'ai soif de tes yeux‖ pour me mettre à genoux !

Ce sont des mots sans suite,‖ et des gestes si douxQu'ils semblent avoir peur‖ de toucher, des mains jointes,Des désirs par instant‖ aigus comme des pointesEt puis des nerfs crispés‖ de la nuque au talon,Toute l'âme perdue‖ après son violonQui chante et qui sanglote‖ et qui crie et qui râle,Toute l'âme d'un grand‖ enfant fiévreux et pâle…

Des fiacres attardés‖ roulent dans les lointains.Sous les arbres émus‖ de frissons incertains,Des brises doucement‖ circulent, attiédies,Et poignantes au cœur‖ comme des mélodies.Le fleuve sourd ondule‖ en moires de langueurEt j'ai tout un bouquet‖ d'étoiles dans le cœur !

Je t'aime. Mon sang crie‖ après toi. J'ai la fièvreDe boire cette nuit‖ idéale à ta lèvre,D'étendre sous tes pieds,‖ comme un manteau de roi,Ma vie et de te dire,‖ oh ! De te dire : « toi »Avec une langueur‖ si tendre et si profondeQu'en la sentant sur toi,‖ ta chair, toute, se fonde.

Versification

Forme
Distiques
Rimes
20((aa))
Mètre
Alexandrins· profil 6+6
Mots à la rime
a vais / savais masculine, classiqueb solitaire / terre féminine, classiquec soir / voir masculine, classiqued vie / convie féminine, classiquee cieux / silencieux masculine, classiquef bien-aimée / lamée féminine, classiqueg éclair / chair masculine, classiqueh narine / poitrine féminine, classiquea déserts / airs masculine, classiqueb poète / tête féminine, classiquec genoux / doux masculine, classiqueb jointes / pointes féminine, classiquec talon / violon masculine, classiqued râle / pâle féminine, classiquea lointains / incertains masculine, classiqueb attiédies / mélodies féminine, classiquec langueur / cœur masculine, classiquea fièvre / lèvre féminine, classiqueb roi / toi masculine, classiquec profonde / fonde féminine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 0.9· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

40 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Le Chariot d’or, Paris, Paris : Mercure de France, 1912· numérisation ATILF Analyse et Traitement Informatique de la Langue Française· Sources