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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Poèmes inachevés, 1924

« Dans la salle aux tiédeurs féminines d'église »

Albert Samain· 4 distiquess, alexandrins, 56 vers

Dans la salle aux tiédeurs‖ féminines d'égliseOù le Mourir des fleurs‖ lentes se subtilise,De larges fleurs berçant‖ dans l'air triste du soirLeurs coupes de velours‖ lourdes de nonchaloir,Éparses dans le sombre‖ en blancheurs indécisesDes femmes aux grands airs‖ indolents sont assises,Qu'on dirait d'un pays‖ et d'un temps très lointains.Des femmes pâles dans‖ des vagues de satins.

Et ces Dames ce sont‖ mes intimes PenséesEn silence par les‖ fleurs larges encensées,Et qui, de leurs beaux yeux‖ qu'éclaire à son refletLe rêve intérieur‖ sous leurs longs cils voilé,Regardent sur le parc‖ au faste séculaireS'effeuiller en lys bleus‖ l'heure crépusculaire.Immobiles, les mains‖ vagues, le col penchant,Elles rêvent, le cœur‖ vers le soleil couchantQui, s'épuisant encore‖ en caresses subtiles,Traîne un rayon mourant‖ dans leurs yeux immobilesEt semble à leurs pâleurs‖ fragiles prodiguerLa câline douceur‖ d'un adieu fatigué.Or de ces Dames, l'une‖ a nom Mélancolie,L'autre Amertume, l'autre‖ Espérance-Abolie,Puis encor Souvenir,‖ Exil, Renoncement,Volupté, Lassitude‖ et Découragement.A leur souffle si faible,‖ à leur mourante haleineLe miroir le plus pur‖ se ternirait à peine,Et si fluides sous‖ leurs longs cheveux flottants,Et telles, on dirait,‖ les filles de l'Étang,De l'Étang qui reflète‖ en son cœur monotoneLes somptuosités‖ tristes des soirs d'automne.La plus fière, rigide‖ en ses brocarts lamés,A nom Indifférence‖ et ses yeux sont fermés !

L'ombre à flots vaporeux‖ baigne les troncs des arbres,Les eaux, les jardins bleus‖ où s'érigent les marbres ;Et les roses dans les‖ grands vases florentinsVersent un lourd vertige‖ aux horizons lointains.Mais de l'Occident riche‖ où la lumière sombreCe qui s'exhale est triste‖ à l'infini dans l'ombre ;Et les femmes penchant‖ leur peine sur les fleursDans l'âme des parfums‖ respirent leurs douleursEt sentant dans leur cœur‖ opprimé par la terreDescendre comme un grand‖ désespoir solitaire…C'est dans la salle triste‖ et dans le soir navréUn long sanglot montant‖ comme un Miserere.

Or, voici s'élever,‖ là-bas, vers la rivièreLa sonore chanson‖ des bonnes LavandièresQui reviennent, parmi‖ des rires ingénus,Saines, le baiser frais‖ des eaux à leurs bras nus,Contentes du labeur‖ utile des JournéesEt soumises dans leur‖ simplesse aux Destinées.Leur chant robuste verse,‖ en larges accords purs,Un flot vivant de joie‖ et d'aise aux champs obscurs ;Et rien qu'en l'entendant,‖ là-bas, les mornes femmesSous le satin splendide‖ ont eu froid dans leurs âmesEt, le cœur traversé‖ du grand frisson humain,Ont crié vers la vie,‖ en meurtrissant leur sein.

Versification

Forme
4 distiquess (distiques)
Rimes
28((aa))
Mètre
Alexandrins· profil 6−6
Strophes
4 distiquess
Mots à la rime
a d'église / subtilise féminine, classiqueb soir / nonchaloir masculine, classiquec indécises / assises féminine, classiqued lointains / satins masculine, classiquea Pensées / encensées féminine, classiqueb reflet / voilé masculine, classiquec séculaire / crépusculaire féminine, équivalented penchant / couchant masculine, classiquee subtiles / immobiles féminine, classiquef prodiguer / fatigué masculine, classiqueg Mélancolie / Espérance-Abolie féminine, non classiqueh Renoncement / Découragement masculine, classiquei haleine / peine féminine, classiquej flottants / l'Étang masculine, classiquek monotone / d'automne féminine, non classiquel lamés / fermés masculine, classiquea arbres / marbres féminine, classiqueb florentins / lointains masculine, classiquec sombre / l'ombre féminine, classiqued fleurs / douleurs masculine, classiquee terre / solitaire féminine, classiquef navré / Miserere masculine, classiquea rivière / Lavandières féminine, classiqueb ingénus / nus masculine, non classiquec Journées / Destinées féminine, classiqued purs / obscurs masculine, classiquee femmes / âmes féminine, classiquef humain / sein masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 2.0· écart moyen à la rime classique 0.7

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

56 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvre Poétique Complète, Paris, MERCURE DE FRANCE, 1921· numérisation poesies.net· Sources