Réglages

Mémorisé dans ce navigateur.

Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Poèmes inachevés, 1924

« Pendant qu'au loin la Ville immense est endormie »

Albert Samain· quintils, alexandrins, 65 vers

Pendant qu'au loin la Ville‖ immense est endormieEt qu'il n'en reste plus‖ qu'un murmure dans l'air,Monotone et pareil‖ à celui de la mer,Seul dans ma chambre, assis‖ sur l'étroit lit de fer,Ton portrait devant moi,‖ je songe. — Et l'accalmie

De l'Heure solennelle‖ où flottent doucementDes brises qu'on dirait‖ des ailes de penséesDescend en moi du fond‖ des ombres étoilées.Et le souvenir pur‖ des délices passéesBrûle comme un flambeau‖ sous le noir firmament.

Rares, des bruits de pas‖ s'éloignent par les ruesEt je sens peu à peu l'Amour [. . . . . . . . ]Dans mon cœur solitaire‖ entrer comme un poinçon,Pendant qu'autour de moi,‖ avec un long frisson,Tournent rêveusement‖ les Robes disparues.

Je songe… Une voix tendre‖ a chanté dans la nuitFaite des mille voix‖ de jadis étouffées.Dans l'ombre, comme un chœur‖ aérien de fées,Les Heures d'autrefois,‖ de tes chapeaux coiffées,Défilent tour à tour‖ dans mes yeux de minuit.

Vivace et palpitant‖ sous les souffles nocturnesMon amour sensitif‖ s'éveille de nouveau.Tel un lys, à midi,‖ tranché par le couteau,Qui se redresse pur‖ et frissonnant dans l'eau.Et voici déborder‖ en moi les vieilles urnes,

Les urnes de mon cœur‖ fier et mystérieuxQu'emplissait, chaque soir,‖ de tendresse vivanteUne mélancolique‖ et fidèle servante,Et que je renversais‖ à tes pieds nus d'amantePendant que tu m'ouvrais‖ les jardins de tes yeux.

Tes beaux yeux vivants là‖ sous la lampe et ta boucheRiche comme un beau fruit‖ d'automne ruisselant,Ta bouche et l'arc de ton‖ sourire étincelant.Tes yeux, ta bouche… mon‖ trésor ensorcelant !…O pauvre cœur plein d'ombre‖ où ton soleil se couche !…

Moi, sans sonner à faux‖ quelque beau désespoir,Je redescends tout seul‖ la colline fanée,Et j'écoute — là-bas —‖ pâle et l'âme inclinée,Le dernier Angélus‖ de la Douce JournéeTomber comme une larme‖ au cœur souffrant du Soir ;

Et je sens tout en moi‖ tomber pesant et morneLe crépuscule noir‖ qui couvre le chemin.Je suis trop las d'hier‖ pour commencer demain ;Si tu passais encor,‖ je baiserais ta main…Et je reste à t'attendre‖ on dirait sur la borne.

Parfois même je crois‖ voir la porte s'ouvrir,Et toi surgir vivante‖ en robe d'espérance.O grand enfant frileux,‖ câlin, d'âme en souffrance,Fou qui grelotte au noir‖ de ton indifférenceEt cherche un peu d'amour‖ ancien pour se couvrir.

Des reliques sont là —‖ tout cela qui se sèmeLe long du beau‖ pèlerinage aventureux[. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .][. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .]Fruits tombés ramassés‖ aux Jardins où l'on s'aime.

Passé, Fantôme ailé‖ des lettres, des chiffons,Subtil comme un parfum,‖ léger comme une flamme,Et qui joue à pleurer‖ au violon de l'ÂmeLa male-chanson bleue,‖ la chanson de la femme,Faite de nerfs cassés‖ et de sanglots profonds.

Ton portrait devant moi‖ sous la lampe… Et je sombre,Et j'ai beau plonger l'œil‖ jusqu'au fond du ciel noir,Rien pour me consoler‖ n'en descendra ce soir[. . . . . . . . . . . .]et je sens, sans le voir,Quelque chose couler‖ sur ma face dans l'ombre.

Versification

Forme
Quintils
Rimes
11(abbba) 1(abba) 1(aa)
Mètre
Alexandrins· profil 6=6
Strophes
11 quintils, 1 quatrain, 1 distique
Mots à la rime
a endormie / l'accalmie féminine, classiqueb l'air / mer / fer masculine, classiquea doucement / firmament masculine, classiqueb pensées / étoilées / passées féminine, classiquea rues / disparues féminine, classiqueb poinçon / frisson masculine, classiquea nuit / minuit masculine, classiqueb étouffées / fées / coiffées féminine, classiquea nocturnes / urnes féminine, classiqueb nouveau / couteau / l'eau masculine, classiquea mystérieux / yeux masculine, classiqueb vivante / servante / d'amante féminine, classiquea bouche / couche féminine, classiqueb ruisselant / étincelant / ensorcelant masculine, classiquea désespoir / Soir masculine, classiqueb fanée / inclinée / Journée féminine, classiquea morne / borne féminine, classiqueb chemin / demain / main masculine, classiquea s'ouvrir / couvrir masculine, classiqueb d'espérance / souffrance / indifférence féminine, classiquea sème / s'aime féminine, classiquea chiffons / profonds masculine, classiqueb flamme / l'Âme / femme féminine, classiquea sombre / l'ombre féminine, classiqueb noir / soir / voir masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.6· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

65 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvre Poétique Complète, Paris, MERCURE DE FRANCE, 1921· numérisation poesies.net· Sources