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un seul est le mot juste.

Le pays des roses, 1882· A travers la vie

Quam Pulchra es, Amica !

Armand Silvestre· 27 quatrains, octosyllabes, 108 vers

I

COMME l'ombre d'un vol d'oiseauSur la neige d'une colline,Sur ton front blanc, double réseau,L'ombre de tes cheveux s'incline

Pareille à l'écume d'argentDu flot qui sur les bords s'apaise.Montant vers elle et la frangeant,La candeur de ton front la baise.

Tant de nuit et tant de clartéSur ton front mêlent leur caresseQue mon Rêve y flotte, agité,Entre l'espoir et la détresse !

II

Dans tes yeux, tes beaux yeux d'enfant,S'allume, lorsque tu t'éveilles,L'or clair d'un soleil triomphantQue mirent deux sources pareilles.

Quand un rêve passe sur eux,On dirait l'haleine opalineQui descend sur les lacs ombreuxA l'heure où le couchant s'incline.

En les contemplant tour à tour,J'y trouve — allégresse ou souffrance —Tantôt l'aurore d'un amour,Tantôt le soir d'une espérance !

III

Fruit mûr dont un couteau vainqueurA fendu la chair savoureuse,Qui saigne et garde encor au cœurL'éclair de l'acier qui le creuse,

Teinte de pourpre aux tons ardentsComme une blessure farouche,Sur le clair frisson de tes dentsS'ouvre et se referme ta bouche.

Mon Rêve, n'osant s'y poser,Craint d'y sentir, comme une lameSous le miel divin du baiserLe froid mépris qui perce l'âme !

IV

De ta voix la mer a rythméLa musique puissante et douce ;On dirait, sur le flot calmé,Une lyre qu'un souffle pousse.

Les vagues font, en l'effleurant,Tinter l'or des cordes sacrées,Et le vent du soir, en pleurant,Y met des notes déchirées.

Par ce chant immortel bercé,J'écoute, en des heures trop brèves,Fuir sur l'océan du PasséLe vaisseau brisé de mes Rêves !

V

D'un rayon d'aurore attaché,L'arc radieux de ton sourireFerme et tend, sur un trait caché,Sa courbe adorable à décrire.

Il se rouvre sur le sillonDe la flèche au ciel envoléeComme le vol d'un papillonSe rouvre sur la brise ailée.

Chaque flèche, en touchant mon cœur,Met, dans ma blessure éternelle,Ou le froid de son fer vainqueurOu la caresse de son aile.

VI

L'âme des Paros abolisL'antique neige des Tempées,La pâleur des têtes de lisPour les fêtes des Dieux coupées ;

Toutes les blancheurs que le TempsA proscrites ou méconnues,Renaissent en tons éclatantsSur ta face et ta gorge nues.

C'est qu'il leur fallait, pour cela,Retrouver la splendeur des lignes,Qu'aux cieux autrefois révélaLéda, la charmeuse de cygnes !

VII

Sur le vol d'une tourterelleTes mains jadis, en se fermant,Prirent au contour de son aileLeur grâce et leur dessin charmant.

Aussitôt qu'un geste déploieLeur blancheur, onduleux trésor,On dirait le frisson de joieD'un oiseau qui prend son essor.

Ombre douce et douce lumière !Je sens mon âme, tour à tour,Sous leur étreinte prisonnièreEt, par elles, rendue au jour !

VIII

Couchants qui faites, sur la plaine,Fumer l'or clair d'un encensoir ;Roses dont la dernière haleineFait trembler les rideaux du soir ;

Souffles printaniers que balanceLa clochette des lilas blancs ;Arômes, qu'avec le silence,La Nuit traîne sur ses pas lents ;

Parfums des choses, qu'effaroucheL'aile impitoyable du Vent,Mon Rêve vous boit sur la boucheQue je n'effleure qu'en rêvant !

IX

Comptant les grâces immortellesQui font l'honneur de ta BeautéEt dont les puissances sont tellesQue j'en fus à jamais dompté,

De t'avoir sans relâche aimée,Même d'un amour méconnu,Dans mon âme à l'espoir ferméeUn immense orgueil est venu.

Qui sait, du sourire ou des larmes,Lequel en ce monde est meilleur ?— Demeure fière de tes charmes.— Je reste fier de ma douleur !

Versification

Forme
27 quatrains (quatrains)
Rimes
27(abab)
Mètre
Octosyllabes
Strophes
27 quatrains
Mots à la rime
a d'oiseau / réseau masculine, classiqueb colline / s'incline féminine, classiquea d'argent / frangeant masculine, classiqueb s'apaise / baise féminine, classiquea clarté / agité masculine, classiqueb caresse / détresse féminine, classiquea d'enfant / triomphant masculine, classiqueb t'éveilles / pareilles féminine, classiquea eux / ombreux masculine, classiqueb opaline / s'incline féminine, classiquea tour / amour masculine, classiqueb souffrance / espérance féminine, classiquea vainqueur / cœur masculine, classiqueb savoureuse / creuse féminine, classiquea ardents / dents masculine, classiqueb farouche / bouche féminine, classiquea poser / baiser masculine, classiqueb lame / l'âme féminine, classiquea rythmé / calmé masculine, classiqueb douce / pousse féminine, classiquea l'effleurant / pleurant masculine, classiqueb sacrées / déchirées féminine, classiquea bercé / Passé masculine, classiqueb brèves / Rêves féminine, classiquea attaché / caché masculine, classiqueb sourire / décrire féminine, classiquea sillon / papillon masculine, classiqueb envolée / ailée féminine, classiquea cœur / vainqueur masculine, classiqueb éternelle / aile féminine, classiquea abolis / lis masculine, classiqueb Tempées / coupées féminine, classiquea Temps / éclatants masculine, classiqueb méconnues / nues féminine, classiquea cela / révéla masculine, classiqueb lignes / cygnes féminine, classiquea tourterelle / aile féminine, classiqueb fermant / charmant masculine, classiquea déploie / joie féminine, classiqueb trésor / essor masculine, classiquea lumière / prisonnière féminine, classiqueb tour / jour masculine, classiquea plaine / haleine féminine, classiqueb encensoir / soir masculine, classiquea balance / silence féminine, classiqueb blancs / lents masculine, classiquea qu'effarouche / bouche féminine, classiqueb Vent / rêvant masculine, classiquea immortelles / telles féminine, classiqueb Beauté / dompté masculine, classiquea aimée / fermée féminine, classiqueb méconnu / venu masculine, classiquea larmes / charmes féminine, classiqueb meilleur / douleur masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.3· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

108 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Le Pays des roses, Paris, G. CHARPENTIER, ÉDITEUR, 1882· numérisation poesies.net· Sources