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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Les Renaissances, 1870· Paysages métaphysiques

Matutina

Armand Silvestre· 10 quatrains, alexandrins, 40 vers

À Feyen Perrin.

I

Le bleu du ciel pâlit.‖ Comme un cygne émergeantD'un grand fleuve d'azur,‖ l'Aube, parmi la brume,Secoue à l'horizon‖ les blancheurs de sa plumeEt flagelle l'air vif‖ de son aile d'argent.

Un long tressaillement‖ autour d'elle s'éveille,Et, par flots onduleux‖ jusqu'au zénith monté,Dans l'azur transparent‖ déroule la merveilleDes formes qu'envahit‖ sa vibrante clarté.

La grande mer des bruits‖ dans l'atmosphère élèveLes retentissements‖ de son flux solennelEt bat, sans l'ébranler,‖ comme un roc éternel,Le lourd sommeil des morts‖ endormis dans leur rêve.

Mais, pareil aux roseaux‖ qu'atteint le flot montant,Le peuple des vivants‖ s'ébranle dans l'espace,Et, couché sous le poids‖ de la vague qui passe,Vers des buts inconnus‖ se disperse, flottant.

Cependant qu'aux frissons‖ des brises échappée,La Terre s'alanguit‖ aux tiédeurs du réveil,De longs éclairs, pareils‖ à des lueurs d'épée,Creusent, à l'orient,‖ leur sillage vermeil.

Alors l'Oiseau divin,‖ le Cygne, l'Aube blanche,Sentant dans l'air en feu‖ son âme se sécher,Comme le vieux Phénix‖ sur la flamme se pencheEt meurt dans le Soleil‖ comme sur un bûcher !

II

De l'horizon perdu‖ dans les frissons de l'air,Comme un fleuve lacté,‖ la lumière s'épancheSur les coteaux légers‖ que baigne son flot clair ;— L'Aube sur les coteaux‖ traîne sa robe blanche,

Les grands arbres, sentant‖ les oiseaux éveillés,Chuchotent dans la brise‖ errante où s'évaporeL'âme des derniers lis‖ par la nuit effeuillés :— L'Aube sur la forêt‖ pose son pied sonore.

Sur l'herbe drue où court‖ l'insecte familierUne gaze de longs‖ fils d'argent s'est posée,Et la bruyère aiguë‖ est pleine de rosée :— L'Aube sur les gazons‖ égrène son collier.

— Dans le ruisseau que l'Aube‖ effleure de ses voiles,Se réfléchit déjà‖ le doux spectre des fleurs,Et, sous l'onde où tremblait‖ l'œil furtif des étoiles,S'ouvre l'œil alangui‖ des pervenches en pleurs.

Versification

Forme
10 quatrains (strophes variées)
Rimes
4(abba) 6(abab)
Mètre
Alexandrins· profil 6+6
Strophes
10 quatrains
Mots à la rime
a émergeant / d'argent masculine, classiqueb brume / plume féminine, classiquea s'éveille / merveille féminine, classiqueb monté / clarté masculine, classiquea élève / rêve féminine, classiqueb solennel / éternel masculine, classiquea montant / flottant masculine, classiqueb l'espace / passe féminine, classiquea échappée / d'épée féminine, classiqueb réveil / vermeil masculine, classiquea blanche / penche féminine, classiqueb sécher / bûcher masculine, classiquea l'air / clair masculine, classiqueb s'épanche / blanche féminine, classiquea éveillés / effeuillés masculine, classiqueb s'évapore / sonore féminine, classiquea familier / collier masculine, classiqueb posée / rosée féminine, classiquea voiles / étoiles féminine, classiqueb fleurs / pleurs masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.2· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

40 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poésies, Paris, ALPHONSE LEMERRE, ÉDITEUR, 1870· numérisation poesies.net· Sources