Les Solitudes, 1867
Déclin d’amour
Dans le mortel soupir‖ de l'automne, qui frôleAu bord du lac les joncs frileux,Passe un murmure éteint :‖ c'est l'eau triste et le sauleQui se parlent entre eux.
Le saule : « je languis,‖ vois ! Ma verdure tombeEt jonche ton cristal glacé ;Toi qui fus la compagne,‖ aujourd'hui sois la tombeDe mon printemps passé. »
Il dit. La feuille glisse‖ et va jaunir l'eau brune.L'eau répond : « ô mon pâle amant,Ne laisse pas ainsi‖ tomber une par uneTes feuilles lentement ;
« Ce baiser me fait mal,‖ autant, je te l'assure,Que les coups des avirons lourds ;Le frisson qu'il me donne‖ est comme une blessureQui s'élargit toujours.
« Ce n'est qu'un point d'abord,‖ puis un cercle qui trembleEt qui grandit, multiplié ;Et les fleurs de mes bords‖ sentent toutes ensembleUn sanglot à leur pied.
« Que ce tressaillement‖ rare et long me tourmente !Pourquoi m'oublier peu à peu ?Secoue en une fois,‖ cruel, sur ton amanteTous tes baisers d'adieu ! »
Versification
- Forme
- 6 quatrains (quatrains)
- Rimes
- 6(abab)
- Mètre
- Vers de 12, 6 et 8 syllabes (12 de 12, 6 de 6, 6 de 8)· profil 6, 8, 6+6
- Strophes
- 6 quatrains
- Mots à la rime
- a frôle / saule féminine, classiqueb frileux / eux masculine, classiquea tombe féminine, classiqueb glacé / passé masculine, classiquea brune / une féminine, classiqueb amant / lentement masculine, classiquea l'assure / blessure féminine, classiqueb lourds / toujours masculine, classiquea tremble / ensemble féminine, classiqueb multiplié / pied masculine, non classiquea tourmente / amante féminine, classiqueb peu / d'adieu masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.2· écart moyen à la rime classique 0.4
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
24 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poésies, Paris, ALPHONSE LEMERRE, ÉDITEUR, 1872· numérisation CNRTL (Centre National de Ressources Textuelles et Lexicales) http://www.cnrtl.fr/corpus/frantext/frantext.php· Sources