Les Solitudes, 1867
Le signe
On dit que les désirs des mèresPendant qu'elles portent l'enfant,Fussent-ils d'étranges chimères,Le marquent d'un signe vivant ;
Que ce stigmate est une imageDe l'objet qu'elles ont rêvé,Qu'il croît et s'incruste avec l'âge,Qu'il ne peut pas être lavé !
Et le vœu, bizarre ou sublime,Formé dès avant le berceau,Comme dans la chair il s'imprime,Peut marquer l'âme de son sceau.
Quel fut donc ton cruel caprice,Le jour où tu conçus mon cœur,Ô toi, pourtant ma bienfaitrice,Toi qui m'as légué ta douleur ?
Quand tu m'aimais sans me connaître,Pâle et déjà ma mère un peu,Un nuage voguait peut-êtreComme une île blanche au ciel bleu ;
Et n'as-tu pas dit : « qu'on m'y mène !C'est là que je veux demeurer ! »L'oasis était surhumaine,Et l'infini t'a fait pleurer.
Tu crias : « des ailes, des ailes ! »Te soulevant pour défaillir…Et ces heures-là furent cellesOù tu m'as senti tressaillir.
De là vient que toute ma vie,Halluciné, faible, incertain,Je traîne l'incurable envieDe quelque paradis lointain…
Versification
- Forme
- 8 quatrains (quatrains)
- Rimes
- 8(abab)
- Mètre
- Octosyllabes
- Strophes
- 8 quatrains
- Mots à la rime
- a mères / chimères féminine, classiqueb l'enfant / vivant masculine, classiquea image / l'âge féminine, classiqueb rêvé / lavé masculine, classiquea sublime / s'imprime féminine, classiqueb berceau / sceau masculine, classiquea caprice / bienfaitrice féminine, classiqueb cœur / douleur masculine, classiquea connaître / peut-être féminine, classiqueb peu / bleu masculine, classiquea mène / surhumaine féminine, classiqueb demeurer / pleurer masculine, classiquea ailes / celles féminine, classiqueb défaillir / tressaillir masculine, classiquea vie / envie féminine, classiqueb incertain / lointain masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.5· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
32 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poésies, Paris, ALPHONSE LEMERRE, ÉDITEUR, 1872· numérisation CNRTL (Centre National de Ressources Textuelles et Lexicales) http://www.cnrtl.fr/corpus/frantext/frantext.php· Sources