Le jardin des rêves, 1880· Poèmes et bas-reliefs· Sonnets frileux
I. Octobre
A Luigia Longhi.
Parfois au mois de juin les roses remontantes,Surprises par l’éclat rajeuni du soleil,Livrent au vent du soir leurs robes éclatantesAvant d’avoir ouvert leur calice vermeil.
Elles meurent ainsi, vierges et palpitantesComme des cygnes blancs amoureux du sommeil,Laissant sur l’arbrisseau des sœurs moins inconstantesQue l’automne caresse à son dernier réveil.
Je sais des cœurs aussi qui, pareils à ces roses,Brisés par l’esclavage et les soucis moroses,N’ont pu dans leur avril donner de floraison.
Des cœurs pleins de chansons et de voix argentines,Qui gardent tristement, comme les églantines,Des germes radieux pour l’arrière-saison.
Octobre 1876.
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Le jardin des rêves, Paris, ALPHONSE LEMERRE, ÉDITEUR, 1880· numérisation books.google.fr· Sources