Poèmes élégiaques, 1907· Le jardin des rêves
« Sur un mouvement de valse dolente »
Sur un mouvement de valse dolenteLe chœur des regretsChante en faux-bourdon une phrase lente,Pleine de soupirs et d’aveux discrets.
Les bassons avec les violoncellesPleurent, pleurent tousEt disent les noms adorés de cellesDont les yeux d’enfants jadis m’étaient doux.
Aux accents connus défile sans trêve,A pas assourdis,Avec la splendeur exacte du rêve,La vision des lointains paradis.
Cheveux roux frôlant les épaules blanches,Parmi les lilas,Les filles d’amour écartent les branchesEt le clair soleil dore leurs beaux bras.
Voici les bosquets d’où La SérénadeDe Schubert s’enfuit,Pareille à la voix d’un ange malade,Qu’emporte à regret l’aile de la Nuit.
Puis l’ombre survient et l’Automne enrhumeLe cuivre des cors.Et la valse lente épand dans la brume,Langoureusement, ses derniers accords.
L’orchestré se tait et la lune ronde,Ce lis sans parfums.Surgit. Les Follets, enchaînant leur ronde,Mènent le convoi des Amours défunts.
28 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poèmes élégiaques, Paris, Mercure de France, 1907· numérisation archive.org· Sources