Vitraux, 1891
Le Blason de Flore
To Mary in heaven.
Dic quibus in terris inscripti nomina regum
Nascantur flores.VIRGILE.
C'est un jardin orné‖ pour les métamorphosesOù Benserade apprend‖ ses rondeaux aux Follets,Où Puck avec Trilby,‖ près des lacs violets,Débitent des fadeurs,‖ en d'adorables poses.
La lune qui descend,‖ le long des promenoirs,Sur les blancs escaliers‖ traîne ses mules blanchesEt ses rayons légers‖ palpitent dans les branchesComme des sequins d'or‖ parmi des cheveux noirs.
Les Nymphes de Segrais,‖ aux Elfes de ShakspeareChantent des madrigaux‖ scandés par les hautbois :Ariel y poursuit‖ Rosine, à travers bois,Et pour le beau Damis‖ Titania soupire.
C'est une nuit d'été‖ faite d'enchantements,Dans un jardin très calme‖ et peuplé de fontaines,Qu'emplissent de lueurs‖ folâtres et hautainesLes feux des yeux unis‖ aux feux des diamants.
Parc de Watteau.‖ — Les fastueuses plates-bandes,Autour des boulingrins,‖ s'enlacent, décrivantL'horizon à souhaits‖ d'un parterre savantQu'ont les Fleurs égayé‖ d'illustres sarabandes.
Ce sont les nobles Fleurs‖ d'un Versailles fleuri.Toutes sauraient prouver‖ des quartiers de duchesseEt, pour l'éclat du rang‖ comme pour la richesse,D'Hozier à leurs blasons‖ pourrait donner abri.
Or l'esprit délecté‖ de ce rêve héraldiqueRetrouve dans leur port,‖ calices et parfums,Le simulacre vu‖ des Olympes défuntsEt la grandesse unie‖ au charme fatidique.
Des champs d'azur le Lis‖ très chrétien émergeantEst un preux chevalier‖ vêtu de courtoisie ;La Princesse d'amour‖ que ses vœux ont choisiePorte un manteau d'hermine‖ aux agrafes d'argent.
Dans sa robe de cour‖ aux teintes précieuses,Comme aux jours de Fontange‖ et de la Maintenon,La Tulipe ducale‖ emplit de son renomLes pourpris qu'attrista‖ le deuil des Scabieuses.
Les Roses, sous la pourpre‖ auguste, dans les nuits,Ont l'amer nonchaloir‖ des reines trop aimées,Et la lune qui boit‖ leurs larmes embauméesD'un baiser de blancheur‖ caresse leurs ennuis.
Gloire du souvenir‖ extatique, PenséesFunéraires, le Deuil‖ trône dans vos plis lourds,Et dans l'emphase‖ épiscopale des veloursQue blasonne l'émail‖ de vos croix florencées.
Quintefeuille ! mystique‖ emblème voulu parLes trouvères aux cantilènes‖ suppliantesVotre candeur a fait‖ pâlir ces HélianthesQue dore un Astre-Roi « ‖nec pluribus impar ».
Puis d'autres floraisons‖ qu'Amour seul fit écloreEt dont les yeux charnels‖ ignorent la beautéS'ouvrent au paradis‖ merveilleux qu'ont chantéLe divin Sannazar‖ et Joachim de Flore.
Leur hampe svelte grimpe‖ aux marges des vitraux,Près des bons Empereurs‖ gemmés de pierreries,Des Saints agenouillés‖ dans l'herbe des prairies,Des Séraphins cambrant‖ leurs torses de héros.
Celles-là — chastement‖ rigides — sont pareillesAux Saintes dont le cloître‖ a ravi la splendeurEt l'encens maladif‖ leur prêta son odeurLoin du jaune soleil‖ qui danse sur les treilles.
Pour soutenir le heaume‖ et porter les émaux,Rampent en légion‖ les Herbes monstrueusesSuscitant, à l'envi‖ des formes tortueuses,Une âpre vision‖ de sombres animaux.
Verdâtres, de poisons‖ mystérieux ridées,Avec l'enroulement‖ des dragons noirs et bleus,Ongles d'or, lampassés‖ de gueules, fabuleux,S'épanouissent les‖ farouches Orchidées.
Ainsi, divinisant‖ la forme et les couleursEt revêtant d'orgueil‖ les tiges parfumées,Se déroule, au milieu‖ d'ondoyantes fumées,Dans un parc de Watteau,‖ le Walpurgis des Fleurs.
Elles passent, jetant‖ des senteurs musicales,Des effluves charmeurs‖ qu'on prendrait pour des sonsEt mariant, parmi‖ l'ampleur des écussons,À l'azur des Bleuets‖ l'or des Hémérocalles.
Et toutes, au milieu‖ de leur faste exalté,Buvant l'amour éclos‖ au temps du primevère,Comme un cortège autour‖ du Prince qu'on révèreMènent pompeusement‖ les fêtes de l'Été.
Versification
- Forme
- 20 quatrains (quatrains)
- Rimes
- 20(abba)
- Mètre
- Alexandrins· profil 6=6
- Strophes
- 20 quatrains
- Mots à la rime
- a métamorphoses / poses féminine, classiqueb Follets / violets masculine, classiquea promenoirs / noirs masculine, classiqueb blanches / branches féminine, classiquea Shakspeare / soupire féminine, classiqueb hautbois / bois masculine, classiquea d'enchantements / diamants masculine, classiqueb fontaines / hautaines féminine, classiquea plates-bandes / sarabandes féminine, classiqueb décrivant / savant masculine, classiquea fleuri / abri masculine, classiqueb duchesse / richesse féminine, classiquea héraldique / fatidique féminine, classiqueb parfums / défunts masculine, classiquea émergeant / d'argent masculine, classiqueb courtoisie / choisie féminine, classiquea précieuses / Scabieuses féminine, classiqueb Maintenon / renom masculine, classiquea nuits / ennuis masculine, classiqueb aimées / embaumées féminine, classiquea Pensées / florencées féminine, classiqueb lourds / velours masculine, classiquea par / impar masculine, classiqueb suppliantes / Hélianthes féminine, classiquea éclore / Flore féminine, classiqueb beauté / chanté masculine, classiquea vitraux / héros masculine, classiqueb pierreries / prairies féminine, classiquea pareilles / treilles féminine, classiqueb splendeur / odeur masculine, classiquea émaux / animaux masculine, classiqueb monstrueuses / tortueuses féminine, classiquea ridées / Orchidées féminine, classiqueb bleus / fabuleux masculine, classiquea couleurs / Fleurs masculine, classiqueb parfumées / fumées féminine, classiquea musicales / Hémérocalles féminine, classiqueb sons / écussons masculine, classiquea exalté / l'Été masculine, classiqueb primevère / révère féminine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 2.2· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
80 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Vitraux, Paris, LÉON VANIER, 1891· numérisation wikisource.org· Sources