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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Les poésies, 1887‑1926· Les odes

Ode triomphale

A LA GLOIRE DE JEAN MORÉAS POUR LE DIXIÈME ANNIVERSAIRE DE SA MORT 30 MARS 1920

Raymond de la Tailhède· 11 quatrains, alexandrins, 44 vers

Ce doux parler de France‖ auquel vous avez faitL'honneur de le fleurir‖ de grâce athénienne,Qu'il vole sur ma lèvre‖ et que je l'y retienne,— Ou qu'un plus digne chante,‖ et je serai muet.

Non ! Assez des clairons‖ a retenti le cuivre,Du flot profond des mers‖ aux pôles de l'azur,Quand d'une forte voix,‖ d'un poumon toujours sûrJ'appelais, Moréas,‖ les hommes à vous suivre.

Assez à pleine coupe,‖ ô Pégase, ai-je buL'onde sous ton sabot‖ jaillissant comme un fleuve ;En ma lyre accordée‖ éclate assez la preuveQue je puis des anciens‖ égaler la vertu.

Aujourd'hui je dirai‖ non pas la triste plainteDe l'élégie et non‖ plus l'hymne au lent détour,Mais en sa pureté,‖ toute de lauriers ceinte,L'ode qui porte mieux‖ l'allégresse et l'amour.

O toi, de l'univers‖ la seule Impératrice,Mort ! tu te promettais‖ de garder et d'avoirA jamais enchaîné‖ dans l'oubli le plus noirCelui qui, bravement,‖ sans que son front se plisse,

Assurant son regard‖ au néant de tes yeux,Tel un fier ennemi‖ t'a contemplée en face !Mort ! il te défiait‖ de lui trouver sa place :Au funèbre charnier‖ ne tombent pas les dieux !

Tu l'admirais, ô Mort,‖ ce Moréas superbe,Gomme on guette une proie,‖ et voilà que soudain,Le poison, le poignard‖ ont glissé de ta main :Quel printemps à tes doigts‖ épanouit sa gerbe !

Quelle aurore se lève‖ aux abîmes de nuitQue sont tes yeux ! Quel lys‖ tissa la fine trameDe ta chair où l'on sent‖ de nouveau battre une âme !Et tu n'es plus la Mort,‖ ô Mort, mais ce qui vit

Vivant ! il est vivant !‖ il est vivant encore !Chez les Ombres Orphée‖ est ainsi descendu,Ayant pris le soleil‖ qu'elles avaient perdu,Au réseau musical‖ de sa lyre sonore.

Ah ! puissé-je comme eux‖ dans les esprits obscursAllumer l'incendie‖ à force de lumière ;Sous la flamme tenir‖ ouverte leur paupièreA toute vérité‖ jusqu'aux siècles futurs !

Et quand je ne saurais,‖ quand mon bras moins robusteLaisserait, Moréas,‖ échapper ce flambeau,Il ne tient pas à moi‖ que sur votre tombeauVous ayez érigé‖ vous-même votre buste.

Versification

Forme
11 quatrains (quatrains)
Rimes
10(abba) 1(abab)
Mètre
Alexandrins· profil 6+6
Strophes
11 quatrains
Mots à la rime
a fait / muet masculine, classiqueb athénienne / retienne féminine, classiquea cuivre / suivre féminine, classiqueb l'azur / sûr masculine, classiquea bu / vertu masculine, classiqueb fleuve / preuve féminine, classiquea plainte / ceinte féminine, classiqueb détour / l'amour masculine, classiquea Impératrice / plisse féminine, classiqueb d'avoir / noir masculine, classiquea yeux / dieux masculine, classiqueb face / place féminine, classiquea superbe / gerbe féminine, classiqueb soudain / main masculine, classiquea nuit / vit masculine, classiqueb trame / âme féminine, classiquea encore / sonore féminine, classiqueb descendu / perdu masculine, classiquea obscurs / futurs masculine, classiqueb lumière / paupière féminine, classiquea robuste / buste féminine, classiqueb flambeau / tombeau masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 0.4· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

44 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les Poésies, Paris, Albin Michel, 1938· Sources