Pauca Paucis, 1894· Première série· Anthologica
XXXIII. Au dieu des jardins
ENCOR que le souci des profondes penséesAit tendu rarement tes lèvres retroussées,Et que tu sois un peu grossier, dieu des jardins,Je t’aime, souriant sous les rustiques pins,Près d’une onde furtive errant parmi les mousses.Mais je t’aime surtout parce que tu repousses,Seul entre tous les dieux, l’offrande par le sang.La grenade entr’ouverte, au suc rose agaçant,Les flancs ridés et mous de la figue d’Œgyle,Une grappe arrachée à la souche fertile,La noix en son écale, et les coings veloutés,Qui t’offrent le portrait des tendres pubertés,Comblent mieux tes souhaits que les rouges carnagesDes innocents agneaux qu’ont nourris tes pacages.A cet égard, en nous vois ton digne filleul.Dans notre horreur du sang, simple comme nous sommes,Nous aimerions plutôt, vois-tu, faire dix hommes,Que sous les justes lois en voir défaire un seul !
18 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Pauca Paucis, LYON, BERNOUX ET CUMIN, ÉDITEURS, 1894· numérisation google.com· Sources