Pauca Paucis, 1894· Première série· Nugæ
XII. La vocation
A Gérôme Coquard.
ON ne choisit pas son enfant,Sa femme, ni sa maîtresse ;On est du prêche ou de la messe,Sans savoir pourquoi ni comment.― Tel je fus du bâtimentEn ma peu folle jeunesse
Si le bon Dieu l’avait voulu,Sans cure d’être architecteRomain, gothique ou d’autre secte,Possible qu’il eût mieux valu,D’un courage résolu,Se plonger dans le pandecte.
Ou qui sait si je n’eusse pu,Au lieu de piller Le Nôtre,Vignole, Mansard et Lepeautre,A l’art de la rime rompu,Heureux, bien que peu repu,Cheviller tout comme un autre ?
Poussant cette vocation,J’aurais pu prendre une placeDans un petit coin du ParnasseDe nos félibres de Lyon(Paris, chez Flammarion),Ou du moins dans la préface.
Cœur affaissé, membres pesants,De l’âge sentant la glace,Souffler pour jouer à l’Horace,Pondre des vers rhumatisantsA l’aube de soixante ans,Vaut bien mieux : c’est plus cocasse.
30 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Pauca Paucis, LYON, BERNOUX ET CUMIN, ÉDITEURS, 1894· numérisation google.com· Sources