Pauca Paucis, 1894· Seconde série· Sub sole
IV. Les vieux
AU soleilTiède et vermeil,Les vieux songent immobiles.Du mistral durUn grand murLes abrite en longues files.
Par le vent,Telles, souvent,As-tu vu les hirondellesAu blanc rocherS’accrocher,Contre lui collant leurs ailes.
Il fait froid :Le bout du doigtS’engourdit et se crevasse ;Comme un miroirAu lavoirS’étend la nappe de glace.
Aux rameauxMille cristauxScintillaient en girandole.Sous ce brutalDe mistral,Patatras, tout dégringole !
Le linot,Pauvre mignot,Pique l’olive gelée.Au sol durci,Tout transiSon pied fluet prend l’onglée.
Mais bientôtSur le coteau,En son char de fleurs ZéphyreApparaîtra ;Il fondraLes neiges dans un sourire.
Aux aguetsLes frais muguetsPercent la glèbe morose.Plus matinier,Le gainierA déjà sa robe rose.
Roupieux,Les pauvres vieuxTrouvent que toujours il gèle.Front racorni,Œil terni,Ils font s’enfuir la pucelle.
48 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Pauca Paucis, LYON, BERNOUX ET CUMIN, ÉDITEURS, 1894· numérisation google.com· Sources