Pauca Paucis, 1894· Première série· Anthologica
XIV. Testament
AVEC le thym rosé, le cytise mielleux,Semez sur mon tombeau quelques romarins bleus,Fils odoriférants de la rosée amèreQue Vénus fit jaillir de la vague, sa mère.Lorsque le Temps ailé ramènera les moisChers à Zéphyr, je veux que les agiles doigtsDes nourrissons aimés du vieillard du GalèseDans les suaves fleurs puissent ravir à l’aiseLe suc aérien. Remplissez, remplissezVotre ruche de cire et de rayons pressésRecueillis sur ma tombe, ô blondes ouvrières !Pour que le dieu rustique, au front voilé de lierres,Qui se plaît à souffler aux flûtes de sureau,Le dieu Pan, protecteur des ruches, au gâteauPétri d’or écumeux vienne tremper sa lèvrePuissiez-vous, dans l’enclos défendu de la chèvreEt des bruyants chevreaux, puissiez-vous mollementMurmurer chaque jour le doux susurrementQui bercera sans fin mes tempes endormies.Le chœur harmonieux chassera les lamiesEt la noire lémure, et, charmé, je croiraiQu’une troupe d’amours s’ébat dans l’air doré.
22 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Pauca Paucis, LYON, BERNOUX ET CUMIN, ÉDITEURS, 1894· numérisation google.com· Sources