Pauca Paucis, 1894· Seconde série· Varia
VII. Virelay de la vieillesse solitaire
BIEN sont appariés vieillard et solitude.Couvrir les traits fâcheux de la décrépitudeAu sage est un devoir qui coûte peu d’effort :Il sait qu’il faut mourir devant que d’être mort.Dieu vous donne vieillesse avecques solitude !
Qui ne touche à personne à nul ne fait du tort ;Il ne craint en retour débats ni servitude.Avec son compagnon jamais de mésaccord :Bien sont appariés vieillard et solitude.
En paix, dans l’insomnie, il rêve au dernier sort.Si dans son cœur s’élève un vent d’inquiétude,Le silence des champs et la berce et l’endort,Dieu vous donne vieillesse avecques solitude !
Aux vieux le monde est froid, et l’âpre vent du nordNous y cingle souvent de sa courbache rude.Célé, je me soustrais à toute dent qui mord :Bien sont appariés vieillard et solitude.
Graves sont mes défauts et j’en ai du remords.Du moins je les supporte avec mansuétude ;Pour eux un tiers serait d’un esprit moins accort.— Croyez-nous, mariez vieillard et solitude :
Nulle épouse meilleure à la décrépitude.Heureux de m’épargner la contrainte et l’effort,J’attends de m’endormir au baiser de la Mort.Dieu vous donne vieillesse avecques solitude !
FIERS jeunes gens qui rongez votre mors,Un jour aurez même vicissitude ;Vous dont la vie éclate en chauds transports,Lors redirez, brisés de lassitude :Bien sont appariés vieillard et solitude.
30 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Pauca Paucis, LYON, BERNOUX ET CUMIN, ÉDITEURS, 1894· numérisation google.com· Sources