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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Confiteor, 1891· Les vestales

La prière

Gabriel Trarieux· distiques, alexandrins, 44 vers

A M. Émile FAGUET.

« Faire ce que Je veux, pour venir où Je sais ».(ALFRED DE VIGNY.)

Lorsque, la face roide‖ et les paupières closes,Reprenant l'attitude‖ immobile des chosesAprès l'anxiété‖ des jours et du combat,Calme, sous le ciel clair,‖ le premier Mort tomba,Son compagnon naïf‖ sentit, en son cœur rude,Devant ce lourd sommeil,‖ comme une inquiétude.Longtemps, du Mort tranquille‖ il guetta le réveil…Mais les ombres du Soir‖ passaient, et le soleil,Sans rendre le regard‖ aux prunelles éteintes.Et, mordu par la Peur‖ aux terribles étreintes,Mais obstiné toujours‖ dans l'espoir de son vœu,L'Homme tendit ses bras‖ au ciel, et pria Dieu.Il dit : « Toi qui le fais‖ rigide et triste, ô Maître,« Rends au Corps effrayant‖ sa vigueur et son être !« Rends la voix et le rire‖ aux lèvres que j'aimais !…« Car je suis seul, et plein‖ d'angoisse, désormais ! »

Et la plainte monta,‖ monta désespérée,Du premier suppliant‖ vers la Force ignorée…

Mais, dans l'Immensité,‖ nul ne lui répondit.Et l'Homme alors cria :‖ « Je te hais, Dieu maudit ! »

Tel, après la Prière,‖ éclata le Blasphème.

Hélas ! le cœur de l'Homme‖ est demeuré le même !Et, depuis si longtemps‖ qu'il souffre et pleure, il fautQu'il jette encor ses cris‖ enfantins au Très-Haut !En vain, au Pays vague‖ où son Rêve s'élance,Il n'a trouvé jamais‖ que l'éternel silence ;En vain, son cil, stupide,‖ un jour a regardéLes ramures de l'Être‖ en l'abîme insondé,Et, dans ce gouffre d'ombre‖ où lui-même évolue,Partout a vu la Loi,‖ sainte, fixe, absolue…Il s'étonne toujours‖ qu'un signe de sa mainN'arrête pas le Monde‖ effroyable en chemin !En face de l'Énormité,‖ de nuit baignée,Sa petitesse hurle‖ et s'insurge, indignée,Mesure au Tout-Puissant‖ ses adorations,Et, pour se prosterner,‖ fait ses conditions !…

O Misère ! Ironie !‖ O deuil de la Pensée !Quand donc mourra la Plainte‖ odieuse, insensée ?Quand donc en nous luira‖ l'âpre sérénitéDe l'Univers auguste‖ et splendide accepté ?Devant le flamboîment‖ radieux du MystèreQuand l'homme saura-t-il‖ l'extase de : « Se taire »,Et que les cris sont vains,‖ les pleurs vains, les vœux fous,Et la prière impie ?‖… Ah ! taisons, taisons-nous !

Versification

Forme
Distiques
Rimes
22((aa))
Mètre
Alexandrins· profil 6=6
Mots à la rime
a closes / choses féminine, classiqueb combat / tomba masculine, non classiquec rude / inquiétude féminine, classiqued réveil / soleil masculine, classiquee éteintes / étreintes féminine, classiquef vœu / Dieu masculine, classiqueg Maître / être féminine, classiqueh j'aimais / désormais masculine, classiquea désespérée / ignorée féminine, classiquea répondit / maudit masculine, classiquea Blasphème / même féminine, classiqueb faut / Très-Haut masculine, classiquec s'élance / silence féminine, classiqued regardé / insondé masculine, classiquee évolue / absolue féminine, classiquef main / chemin masculine, classiqueg baignée / indignée féminine, classiqueh adorations / conditions masculine, classiquea Pensée / insensée féminine, classiqueb sérénité / accepté masculine, classiquec Mystère / taire féminine, classiqued fous / taisons-nous masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.9· écart moyen à la rime classique 0.2

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

44 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Confiteor, Paris, COMPTOIR D’ÉDITION, LETTRES, SCIENCES ET ARTS, 1891· numérisation Google Books· Sources