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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Pièces diverses, 1942

Équinoxe

Paul Valéry· ÉLÉGIE· strophes régulières, heptasyllabes, 48 vers

To look…

Je change… Qui me fuit ?… Ses feuilles immobilesAccablent l’arbre que je vois…Ses bras épais sont las de bercer mes sibylles :Mon silence a perdu ses voix.

Mon âme, si son hymne était une fontaineQui chantait de toutes ses eaux,N’est plus qu’une eau profonde où la pierre lointaineMarque la tombe des oiseaux.

Au lit simple d’un sable aussi fin que la cendreDorment les pas que j’ai perdus,Et je me sens vivant sous les ombres descendrePar leurs vestiges confondus.

Je perds distinctement Psyché la somnambuleDans les voiles trop purs de l’eauDont le calme et le temps se troublent d’une bulleQui se défait de ce tombeau.

À soi-même, peut-être, Elle parle et pardonne,Mais cédant à ses yeux fermés,Elle me fuit fidèle, et, tendre, m’abandonneÀ mes destins inanimés.

Elle me laisse au cœur sa perte inexpliquée,Et ce cœur qui bat sans espoirDispute à Perséphone Eurydice piquéeAu sein pur par le serpent noir…

Sombre et mourant témoin de nos tendres annales,Ô soleil, comme notre amour,L’invincible douceur des plages infernalesT’appelle aux rives sans retour.

Automne, transparence ! ô solitude accrueDe tristesse et de liberté !Toute chose m’est claire à peine disparue ;Ce qui n’est plus se fait clarté.

Tandis que je m’attache à mon regard de pierreDans le fixe et le dur « Pourquoi ? »,Un noir frémissement, l’ombre d’une paupièrePalpite entre moi-même et moi…

Ô quelle éternité d’absence spontanéeVient tout à coup de s’abréger ?…Une feuille qui tombe a divisé l’annéeDe son événement léger.

Vers moi, restes ardents, feuilles faibles et sèches,Roulez votre frêle rumeur,Et toi, pâle Soleil, de tes dernières flèches,Perce-moi ce temps qui se meurt…

Oui, je m’éveille enfin, saisi d’un vent d’automneQui soulève un vol rouge et triste ;Tant de pourpre panique aux trombes d’or m’étonneQue je m’irrite et que j’existe !

Versification

Forme
Strophes régulières
Rimes
3(abab)
Mètre
Heptasyllabes
Mots à la rime
a immobiles / sibylles masculine, classiqueb vois / voix féminine, équivalentea fontaine / lointaine masculine, classiqueb eaux / oiseaux féminine, non classiquea cendre / descendre masculine, classiqueb perdus / confondus féminine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 2.5· écart moyen à la rime classique 0.8

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

48 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poésies, Paris, Gallimard, 1942· numérisation ebooks-bnr.com· Sources