Fleurs sauvages, 1910
Les Ruines
Souvenir d’une excursion à Rigaud
(à Madame Chas W. Duckett)
Nous longions un chemin,‖ non loin de la montagne,En savourant à deux‖ l'air pur de la campagne,Nous avions cru tout voir‖ du village charmantEt nous nous en allions,‖ sans regret, en causant ;Nous discutions nos goûts‖ sur nos fleurs favorites,Tu cueillais les muguets‖ et moi les marguerites,Nous parlions du passé,‖ de nos chers souvenirs,De notre enfance heureuse‖ et de ses doux plaisirs ;Et notre intimité‖ faisait cause communeDe mes soucis présents,‖ de ta bonne fortune,Nous devisions aussi‖ sur le grand mot « Bonheur »Qui sert à définir‖ les mystères du cœur.Nous pressâmes le pas ‒‖ la chaleur était grande ‒Des ruines ! m'écriai-je,‖ et nulle autre demandeNe t'allât supplier ;‖ nos goûts s'étaient compris,Nous gravîmes la côte,‖ et les agneaux surprisFuyaient le vert sentier‖ pour bondir dans la plaine,Nous pardonnant ainsi‖ d'envahir leur domaine.De l'antique château,‖ les vieux murs sont debout,Un air de vétusté‖ se répand sur le tout,Et l'encens du silence‖ émanant de ces pierresSe mêle aux bruits confus‖ qui semblent des prières.Les marronniers en fleurs‖ ont gardé le cachetDes amoureux propos‖ échangés en secret,Et ces rameaux noués‖ sont toujours les symbolesDes tendres cœurs épris‖ se liant sans paroles.Tout nous parle sans voix !‖ Seul le babil des nids,En cet endroit désert‖ confond son gazouillisAux ondes du ruisseau‖ qui, près de là, murmureUn air dans l'hymne doux‖ de la grande nature.Et notre esprit songeur‖ peuple de souvenirsCe lieu tout saturé‖ des plus riants plaisirs.
Vous réveillez la mort,‖ âmes douces des choses !Au soleil de la vie,‖ en des apothéoses,Les âmes des aïeux‖ viennent se ranimer,Les cœurs vibrent encor‖ du doux bonheur d'aimer !Et notre rêve ému,‖ sous l'effet de ces charmes,Croit voir tous leurs regrets‖ se noyer dans leurs larmes !
C'était déjà le soir ‒‖ Nous songeons au départ,Tout le déclin du jour‖ se dessine avec artA l'horizon vermeil.‖ Par toute la colline,Tout être fait mystère‖ et doucement s'incline…
Je t'offre ce camée‖ où j'ai mis de mon cœur,Ne vas pas t'attrister‖ de sa morne couleurCar son relief est fait‖ sur fond de sympathieEt je ne l'ai sculpté‖ qu'à ta demande amie.
Versification
- Forme
- Distiques
- Rimes
- 16((aa))
- Mètre
- Alexandrins· profil 6+6
- Strophes
- 2 quatrains, 1 distiques, 1 sizain
- Mots à la rime
- a montagne / campagne féminine, classiqueb charmant / causant masculine, classiquec favorites / marguerites féminine, classiqued souvenirs / plaisirs masculine, classiquee commune / fortune féminine, classiquef Bonheur / cœur masculine, classiqueg grande / demande féminine, classiqueh compris / surpris masculine, classiquei plaine / domaine féminine, classiquej debout / tout masculine, classiquek pierres / prières féminine, classiquel cachet / secret masculine, classiquem symboles / paroles féminine, classiquen nids / gazouillis masculine, classiqueo murmure / nature féminine, classiquea choses / apothéoses féminine, classiqueb ranimer / d'aimer masculine, classiquec charmes / larmes féminine, classiquea départ / art masculine, classiqueb colline / s'incline féminine, classiquea cœur / couleur masculine, classiqueb sympathie / amie féminine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 0.3· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
46 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Fleurs sauvages, MONTRÉAL, LIBRAIRIE BEAUCHEMIN LIMITÉE, 1910· numérisation Project Gutenberg· Sources