Les moines, 1885
Moine simple
Ce convers recueilli‖ sous la soutane biseCachait l’amour naïf‖ d’un saint François d’Assise.
Tendre, dévotieux,‖ doux, fraternel, fervent,Il était jardinier‖ des fleurs dans le couvent.
Il les aimait, le simple,‖ avec toute son âme,Et ses doigts se chauffaient‖ à leurs feuilles de flamme.
Elles lui parfumaient‖ la vie et le sommeil,Et pour elles, c’était‖ qu’il aimait le soleil
Et le firmament pur‖ et les nuits diaphanes,Où les étoiles d’or‖ suspendent leurs lianes.
Tout enfant, il pleurait‖ aux légendes d’antanOù sont tués des lys‖ sous les pieds de Satan,
Où dans un infini‖ vague, fait d’apparences,Passent des séraphins‖ parmi des transparences.
Où les vierges s’en vont‖ par de roses chemins,Avec des grands missels‖ et des palmes aux mains,
Vers la mort accueillante‖ et bonne et maternelleÀ ceux qui mettent l’or‖ de leur espoir en elle.
Aux temps de Mai, dans les‖ matins auréolésEt l’enfance des jours‖ vaporeux et perlés,
Qui font songer aux jours‖ mystérieux des limbesEt passent couronnés‖ de la clarté des nimbes,
Il étalait sa joie‖ intime et son bonheur,À parer de ses mains‖ l’autel, pour faire honneur
À la très douce et pure‖ et benoîte Marie,Patronne de son cœur‖ et de sa closerie.
Il ne songeait à rien,‖ sinon à l’adorer,À lui tendre son âme‖ entière à respirer,
Rose blanche, si frêle‖ et si claire et si probe,Qu’elle semblait n’avoir‖ connu du jour que l’aube,
Et qu’au soir de la mort,‖ où, sans aucun regret,Jusqu’aux jardins du ciel,‖ elle s’envolerait
Doucement de sa vie‖ obscure et solitaire,N’ayant rien laissé d’elle‖ aux buissons de la terre,
Le parfum, exhalé‖ dans un soupir dernier,Serait depuis longtemps‖ connu du ciel entier.
Versification
- Forme
- Distiques
- Rimes
- 18(aa)
- Mètre
- Alexandrins· profil 6−6
- Strophes
- 18 distiques
- Mots à la rime
- a bise / d’Assise féminine, classiquea fervent / couvent masculine, classiquea âme / flamme féminine, classiquea sommeil / soleil masculine, classiquea diaphanes / lianes féminine, classiquea d’antan / Satan masculine, classiquea d’apparences / transparences féminine, classiquea chemins / mains masculine, classiquea maternelle / elle féminine, classiquea auréolés / perlés masculine, classiquea limbes / nimbes féminine, classiquea bonheur / honneur masculine, classiquea Marie / closerie féminine, classiquea l’adorer / respirer masculine, classiquea probe / l’aube féminine, classiquea regret / s’envolerait masculine, équivalentea solitaire / terre féminine, classiquea dernier / entier masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.6· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
36 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poèmes, Paris, Société du Mercure de France, 1895· numérisation wikisource.org· Sources