Les soirs, 1887· Les soirs· I Décors liminaires
À ténèbres
Un catafalque d’or‖ surgit au fond des soirs,Quand les astres, comme des lampes,Brûlent, en étageant leurs rampes,Vers les lointains d’argent‖ marbrant des parvis noirs.
Quel mort en ce cercueil ?‖ Le cœur des hommes d’ombre.Non des banals victorieuxDont l’audace brûle les yeux,Mais le cœur des vaincus‖ que la tristesse encombre.
Ils ont passé rêveurs,‖ muets, hagards et seuls,Toujours découragés d’eux-mêmes,Laissant l’éclat des diadèmesÀ d’autres fronts et se‖ vêtant de leurs linceuls.
Après, se regardant,‖ inquiets et des chosesEt des autres — et sans amours ;Et néanmoins cherchant toujoursSur les fumiers du monde‖ à se nourrir de roses.
Lointainement par les‖ grands mirages tentés,Et par les gloires médusaires,Mais peur des vices nécessaires,Et du cynique assaut‖ de tant d’hostilités.
Leurs bras, rameaux tendus‖ vers le printemps des rêves,Sont retombés, — et pas un fruit,Pas une fleur d’or ou de nuit,Jamais, pas un seul rut‖ de feuilles ni de sèves.
Ce qui flottait de Dieu‖ dans l’albe immensité,— Douceur éparse et messagère —On l’a cristallisé naguèreAu seuil des temps, en des‖ vases d’éternité.
Mais le cristal s’en est‖ fêlé. Les grands calicesSe sont vidés de l’infini.Et maintenant l’esprit bruniDe trouble et les regards‖ usés par les supplices,
Raffinés de la mort,‖ nous l’invoquons les soirs,Quand les astres, comme des lampes,Brûlent, en étageant leurs rampes,Vers les lointains d’argent‖ marbrant des parvis noirs.
Versification
- Forme
- 9 quatrains (quatrains)
- Rimes
- 9(abba)
- Mètre
- Octosyllabes et alexandrins (18 de 8, 18 de 12)· profil 8, 6−6
- Strophes
- 9 quatrains
- Mots à la rime
- a soirs / noirs masculine, classiqueb lampes / rampes féminine, classiquea d’ombre / encombre féminine, classiqueb victorieux / yeux masculine, classiquea seuls / linceuls masculine, classiqueb d’eux-mêmes / diadèmes féminine, classiquea choses / roses féminine, classiqueb amours / toujours masculine, classiquea tentés / d’hostilités masculine, classiqueb médusaires / nécessaires féminine, classiquea rêves / sèves féminine, classiqueb fruit / nuit masculine, classiquea immensité / d’éternité masculine, classiqueb messagère / naguère féminine, classiquea calices / supplices féminine, classiqueb l’infini / bruni masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 0.7· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
36 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poèmes, Bruxelles, Edmond Deman, 1895· numérisation wikisource.org· Sources