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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Les soirs, 1887· Les débâcles 1888· II Déformation morale

Au loin

Émile Verhaeren· strophes variées, alexandrins surtout, 44 vers

Eau qui s’égoutte en des‖ sous-sols, pleurs de lumières,Sous des porches de fer,‖ où s’engouffrent des voix,Pignons crasseux, greniers‖ obscurs, mornes larmièresEt gouttières régulières, au long des toits ;Et blocs de fonte et crocs‖ d’acier et cols de gruesEt puis, au bas des murs,‖ dans les caves, l’échoDes pas et des chevaux,‖ sur le pavé des ruesEt sur les ponts dont les‖ piles cassent le flot ;Et le vaisseau plaintif,‖ qui dort et se corrode,Dans les havres, et souffre,‖ et les poumons criardsDes machines et le‖ mystérieux exodeDes navires silencieux,‖ vers les hasardsDes caps et de la mer‖ affolée en tempête ;Ô mon âme, quel s’en‖ aller et quel souffrir !Et quel vivre toujours,‖ pour les rouges conquêtesDe l’or, quel vivre et quel‖ souffrir et quel mourir !

Pourtant regarde au loin‖ s’illuminer les îles,Fais ton rêve d’encens,‖ de myrrhe et de corail,Fais ton rêve lascif‖ vers de roses asiles,Fais ton rêve éventé,‖ par le large éventailDe la brise océane,‖ au clair des étendues ;Et songe aux Orients‖ et songe à Benarès,Songe à Thèbes, songe aux‖ Babylones perdues,Songe aux siècles tombés‖ des Sphinx et des Hermès ;Songe à ces Dieux d’airain‖ debout au seuil des porches,À ces colosses bleus‖ broyant des léopardsEntre leurs bras, à ces‖ processions de torchesEt de prêtres, par les‖ forêts et les remparts,La nuit, sous l’œil dardé‖ des étoiles australes ;Oh mon âme d’adieux‖ de rêve et de lointain !Songe aux golfes, songe aux‖ déserts, songe aux lustralesCaravanes, en galop blanc‖ dans le matin,Songe qu’il est peut-être‖ encor, par la Chaldée,Quelques pâtres, hagards‖ de soir et d’infini,Dont la bouche jamais‖ n’a pu crier l’idée ;Et va, par ces chemins‖ de fleurs et de granit,Et va si loin et si‖ profond dans ta mémoire,Que l’heure et le moment‖ s’abolissent pour toi.

Impossible ! — voici‖ la boue et puis la noireFumée et les tunnels‖ et le morne beffroiBattant son glas dans la brume et qui ressasseToute ma peine tue‖ et toute ma douleur.Et je reste, les pieds‖ collés à cette crasse,Dont les odeurs‖ montent et puent, jusqu’à mon cœur.

Versification

Forme
Strophes variées
Rimes
11[abab]
Mètre
Alexandrins surtout (43 de 12, 1 de 11)· profil 11i, 6÷6
Mots à la rime
a lumières / larmières féminine, classiqueb voix / toits masculine, classiquec grues / rues féminine, classiqued l’écho / flot masculine, non classiquee corrode / exode féminine, classiquef criards / hasards masculine, classiqueg tempête / conquêtes féminine, non classiqueh souffrir / mourir masculine, classiquea îles / asiles féminine, classiqueb corail / éventail masculine, classiquec étendues / perdues féminine, classiqued Benarès / Hermès masculine, classiquee porches / torches féminine, classiquef léopards / remparts masculine, classiqueg australes / lustrales féminine, classiqueh lointain / matin masculine, classiquei Chaldée / l’idée féminine, classiquej d’infini / granit masculine, non classiquek mémoire / noire féminine, classiquel toi / beffroi masculine, classiquec ressasse / crasse féminine, classiqued douleur / cœur masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 0.7· écart moyen à la rime classique 0.7

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

44 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poèmes, Bruxelles, Edmond Deman, 1895· numérisation wikisource.org· Sources