Les soirs, 1887· Les débâcles 1888· II Déformation morale
La couronne
Et je voudrais aussi‖ ma couronne d’épinesEt pour chaque pensée,‖ une, rouge, à traversLe front, jusqu’au cerveau,‖ jusqu’aux frêles racinesOù se tordent les maux‖ et les rêves forgésEn moi, par moi. Je la‖ voudrais comme une rage,Comme un buisson d’ébène‖ en feu, comme des crinsD’éclairs et de flammes, peignés‖ de vent sauvage ;Et ce seraient mes vains‖ et mystiques désirs,Ma science d’ennui,‖ mes tendresses battuesDe flagellants remords,‖ mes chatoyants vouloirsDe meurtre et de folie‖ et mes haines têtuesQu’avec ses dards et ses‖ griffes, elle mordrait.Et, plus intimement‖ encor, mes anciens râlesVers des ventres, mufflés‖ de lourdes toisons d’or,Et mes vices de doigts‖ et de lèvres claustralesEt mes derniers tressauts‖ de nerfs et de sanglotsEt, plus au fond, le rut‖ même de ma torture,Et tout enfin !‖ Ô couronne de ma douleurEt de ma joie,‖ ô couronne de dictatureDebout sur mes deux yeux‖ ma bouche et mon cerveau,Ô la couronne en rêve‖ à mon front somnambule,Hallucine-moi donc‖ de ton absurdité ;Et sacre-moi ton roi‖ souffrant et ridicule.
Versification
- Forme
- Strophe unique
- Mètre
- Alexandrins· profil 6=6
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
23 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poèmes, Bruxelles, Edmond Deman, 1895· numérisation wikisource.org· Sources