Les soirs, 1887· Les soirs· I Décors liminaires
Les vieux chênes
L’hiver, les chênes lourds‖ et vieux, les chênes tors,Geignant sous la tempête‖ et démenant leurs branchesComme de grands bras fous‖ qui veulent fuir leur corps,Mais que tragiquement‖ la chair retient aux hanches,
Les vieux chênes rugueux‖ et sinistres, les noirsGéants debout,‖ à l’horizon, où les vents roguesCinglent de leur colère‖ et de leur vol les soirsEt les mordent et les‖ mordent comme des dogues,
Semblent de maux obscurs‖ les mornes recéleurs,Car l’âme des pays‖ du Nord, sombre et sauvage,Habite et clame en eux‖ ses nocturnes douleursEt tord ses désespoirs‖ d’automne en leur branchage.
Oh ! leurs plaintes et leurs‖ plaintes, durant la nuit !D’abord, lointainement,‖ douces et miaulantes,Comme ayant joie et peur‖ de troubler, de leur bruit,Le sommeil ténébreux‖ des campagnes dolentes.
Puis le désir soudain‖ où la terreur se jointQuand la tempête est là,‖ hennissante et prochaine ;Puis le râlement brusque‖ et terrible, si loinQue les bêtes des grand’‖routes hurlent de haine
Et se couchent, là-bas,‖ dans les sillons, de peur.Puis un apaisement‖ sinistre et despotique,— Une attente de glaive‖ et d’ombre et de fureur, —Et tout à coup la rage‖ énorme et frénétique,
Tout l’infini qui grince‖ et se brise et se tordEt se déchire et vole‖ en lambeaux de colère,À travers la campagne,‖ et beugle au loin la mortDe l’un à l’autre point‖ de l’espace solaire.
Oh ! les chênes ! Oh les‖ mornes suppliciés !Et leurs pousses et leurs‖ branches que l’on arracheEt que l’on broie ! Et leurs‖ vieux bras exfoliésÀ coups de foudre, à coups‖ de bise, à coups de hache.
Ils sont crevés,‖ solitaires ; leur front durciEst labouré ; leur vieille‖ écorce d’or est sombre,Et leur sève se plaint‖ plus tristement, que siLe dernier cri du monde‖ avait traversé l’ombre.
L’hiver, les chênes lourds‖ et vieux, les chênes tors,Geignant sous la tempête‖ et démenant leurs branchesComme de grands bras fous‖ qui voudraient fuir un corps,Mais que tragiquement‖ la chair retient aux hanches,
Semblent de maux obscurs‖ les mornes recéleurs,Car l’âme des pays‖ du Nord, sombre et sauvage,Habite et clame en eux‖ ses nocturnes douleursEt tord ses désespoirs‖ d’automne en leur branchage.
Versification
- Forme
- 11 quatrains (quatrains)
- Rimes
- 11(abab)
- Mètre
- Alexandrins· profil 6=6
- Strophes
- 11 quatrains
- Mots à la rime
- a tors / corps masculine, classiqueb branches / hanches féminine, classiquea noirs / soirs masculine, classiqueb rogues / dogues féminine, classiquea recéleurs / douleurs masculine, classiqueb sauvage / branchage féminine, classiquea nuit / bruit masculine, classiqueb miaulantes / dolentes féminine, classiquea joint / loin masculine, non classiqueb prochaine / haine féminine, classiquea peur / fureur masculine, classiqueb despotique / frénétique féminine, classiquea tord / mort masculine, classiqueb colère / solaire féminine, classiquea suppliciés / exfoliés masculine, classiqueb arrache / hache féminine, classiquea durci / si masculine, classiqueb sombre / l’ombre féminine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.1· écart moyen à la rime classique 0.2
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
44 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poèmes, Bruxelles, Edmond Deman, 1895· numérisation wikisource.org· Sources