Amour, 1888
Angélus de midi
JE suis dur comme un juif‖ et têtu comme lui,Littéral, ne faisant‖ le bien qu’avec ennui,Quand je le fais, et prêt‖ à tout le mal possible ;
Mon esprit s’ouvre et s’offre,‖ on dirait une cible ;Je ne puis plus compter‖ les chutes de mon cœur ;La charité se fane‖ aux doigts de la langueur ;
L’ennemi m’investit‖ d’un fossé d’eau dormante ;Un parti de mon être‖ a peur et parlemente :Il me faut à tout prix‖ un secours prompt et fort.
Ce fort secours, c’est vous,‖ maîtresse de la mortEt reine de la vie,‖ ô Vierge immaculée,Qui tendez vers Jésus‖ la Face constelléePour lui montrer le Sein‖ de toutes les douleursEt tendez vers nos pas,‖ vers nos ris, vers nos pleursEt vers nos vanités‖ douloureuses les paumesLumineuses, les Mains‖ répandeuses de baumes.Marie, ayez pitié‖ de moi qui ne vaux rienDans le chaste combat‖ du Sage et du Chrétien ;Priez pour mon courage‖ et pour qu’il persévère,Pour de la patience,‖ en cette longue guerre,A supporter le froid‖ et le chaud des saisons ;Écartez le fléau‖ des mauvaises raisons ;Rendez-moi simple et fort,‖ inaccessible aux larmes,Indomptable à la peur ;‖ mettez-moi sous les armes,Que j’écrase, puisqu’il‖ le faut, et broie enfinTous les vains appétits,‖ et la soif et la faim,Et l’amour sensuel,‖ cette chose cruelle,Et la haine encor plus‖ cruelle et sensuelle,Faites-moi le soldat‖ rapide de vos vœux,Que pour vous obéir‖ soit le rien que je peux.Que ce que vous voulez‖ soit tout ce que je puisse !J’immolerai comme en‖ un calme sacrificeSur votre autel honni‖ jadis, baisé depuis,Le mauvais que je fus,‖ le lâche que je suis.La sale vanité‖ de l’or qu’on a, l’envieD’en avoir mais pas pour‖ le Pauvre, cette viePour soi, quel soi ! l’affreux‖ besoin de plaire aux gens,L’affreux besoin de plaire‖ aux gens trop indulgents,Hommes prompts aux complots,‖ femmes tôt adultères,Tous préjugés, mourez‖ sous mes mains militaires !Mais pour qu’un bien beau fruit‖ récompense ma paix,Fleurissent dans tout moi‖ la fleur des divins Mais,Votre amour, Mère tendre,‖ et votre culte tendre.Ah ! vous aimer, n’aimer‖ Dieu que pour vous, ne tendreA lui qu’en vous sans plus‖ aucun détour subtil ;Et mourir avec vous tout près.Ainsi soit-il !
Versification
- Forme
- Distiques
- Rimes
- 23((aa))
- Mètre
- Alexandrins· profil 6−6
- Mots à la rime
- a lui / ennui masculine, classiqueb possible / cible féminine, classiqueb cœur / langueur masculine, classiquea dormante / parlemente féminine, classiqueb fort / mort masculine, classiqueb immaculée / constellée féminine, classiquec douleurs / pleurs masculine, classiqued paumes / baumes féminine, classiquee rien / Chrétien masculine, classiquef persévère / guerre féminine, classiqueg saisons / raisons masculine, classiqueh larmes / armes féminine, classiquei enfin / faim masculine, classiquej cruelle / sensuelle féminine, classiquek vœux / peux masculine, classiquel puisse / sacrifice féminine, classiquem depuis / suis masculine, classiquen l’envie / vie féminine, classiqueo gens / indulgents masculine, classiquep adultères / militaires féminine, classiqueq paix / Mais masculine, classiquer tendre féminine, classiques subtil / près / il masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.5· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
47 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes, Paris, Léon Vanier, 1900· numérisation scribd.com· Sources