Amour, 1888
Paysages
A ANATOLE MAJU
AU pays de mon père‖ on voit des bois sans nombre,Là des loups font parfois‖ luire leurs yeux dans l’ombreEt la myrtile est noire‖ au pied du chêne vert.Noire de profondeur,‖ sur l’étang découvert,Sous la bise soufflant‖ balsamiquement dureL’eau saute à petits flots,‖ minéralement pure.Les villages de pierre‖ ardoisière aux toits bleusOnt leur pacage et leur‖ labourage autour d’eux.Du bétail non pareil‖ s’y fait des chairs friandes.Sauvagement un peu‖ parmi les hautes viandes ;Et l’habitant, grâce à‖ la Foi sauve, est heureux.
Au pays de ma mère‖ est un sol plantureuxOù l’homme, doux et fort,‖ vit prince de la plaineDe patients travaux‖ pour quelles moissons pleine,Avec, rares, des bouquets d’arbres‖ et de l’eau.L’industrie a sali‖ par place ce tableauDe paix patriarcale‖ et de campagne denseEt compromis jusqu’à‖ des points cette abondance,Mais l’ensemble est resté,‖ somme toute, très bien.Le peuple est froid et chaud,‖ non sans un fond chrétien.Belle, très au-dessus‖ de toute la contrée,Se dresse éperdument‖ la tour démesuréeD’un gothique beffroi‖ sur le ciel balancéAttestant les devoirs‖ et les droits du passé,Et tout en haut de lui‖ le grand lion de FlandreHurle en cris d’or dans l’air‖ moderne : « Osez les prendre ! »
Le pays de mon rêve‖ est un site charmant,Qui tient des deux aspects‖ décrits précédemment :Quelque âpreté se mêle‖ aux saveurs géorgiques.L’amour et le loisir‖ même sont énergiques,Calmes, équilibrés‖ sur l’ordre et le devoir.La vierge en général‖ s’abstient du nonchaloirDangereux aux vertus,‖ et l’amant qui la presseA coutume avant tout‖ d’éviter la paresseOù le vice puisa‖ ses armes en tout temps.Si bien qu’en mon pays‖ tous les cœurs sont contents,Sont, ou plutôt étaient.Au cœur ou dans la tête.La tempête est venue.‖ Est-ce bien la tempête ?En tout cas, il y eut‖ de la grêle et du feu,Et la misère, et comme‖ un abandon de Dieu.La mortalité fut‖ sur les mères tariesDes troupeaux rebutés‖ par l’herbe des prairies.Et les jeunes sont morts‖ après avoir languiD’un sort qu’on croyait parti d’où,‖ jeté par qui ?Dans les champs ravagés‖ la terre diluéeComme une pire mer‖ flotte en une buée.Des arbres détrempés‖ les oiseaux sont partis,Laissant leurs nids et des‖ squelettes de petits.D’amours de fiancés,‖ d’union des ménagesIl n’est plus question‖ dans mes tristes parages.Mais la croix des clochers‖ doucement toujours luit,Dans les cages plus d’une cloche‖ encore bruit,Et, béni signal d’espérance‖ et de refuge,L’arc-en-ciel apparaît‖ comme après le déluge.
Versification
- Forme
- Distiques
- Rimes
- 27((aa))
- Mètre
- Alexandrins· profil 6=6
- Mots à la rime
- a nombre / l’ombre féminine, classiqueb vert / découvert masculine, classiquec dure / pure féminine, classiqued bleus / d’eux masculine, classiquee friandes / viandes féminine, classiquef heureux / plantureux masculine, classiqueb plaine / pleine féminine, classiquec l’eau / tableau masculine, classiqued dense / abondance féminine, classiquee bien / chrétien masculine, classiquef contrée / démesurée féminine, classiqueg balancé / passé masculine, classiqueh Flandre / prendre féminine, classiquea charmant / précédemment masculine, classiqueb géorgiques / énergiques féminine, classiquec devoir / nonchaloir masculine, classiqued presse / paresse féminine, classiquee temps / contents masculine, classiquef étaient / tête / tempête féminine, classiqueg feu / Dieu masculine, classiqueh taries / prairies féminine, classiquei langui / qui masculine, classiquej diluée / buée féminine, classiquek partis / petits masculine, classiquel ménages / parages féminine, classiquem luit / bruit masculine, classiquen refuge / déluge féminine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.0· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
55 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes, Paris, Léon Vanier, 1900· numérisation scribd.com· Sources