Bonheur, 1891
XIII. « Un projet de mon âge mûr »
Un projet de mon âge mûrMe tint six ans l'âme ravie :C'était, d'après un plan bien sûr,De réédifier ma vie.
Vie encor vivante après tout,Insuffisamment ruinée,Avec ses murs toujours deboutQue respecte la graminée,
Murs de vraie et franche vertu,Fondations intactes certes,Fronton battu, non abattu,Sans noirs lichens ni mousses vertes,
L'orgueil qu'il faut et qu'il fallait,Le repentir quand c'était brave,Douceur parfois comme le lait,Fierté souvent comme la lave
Or, durant ces deux fois trois ans,L'essai fut bon, grand le courage.L'œuvre en aspects forts et plaisantsMontait, tenant tête à l'orage.
Un air de grâce et de respectMagnifiait les calmes lignesDe l'édifice que drapaitL'éclat de la neige et des cygnes…
Furieux mais insidieux,Voici l'essaim des mauvais angesRayant le pur, le radieuxPaysage de vols étranges,
Salissant d'outrages sans nom,Obscénités basses et fades,De mon renaissant ParthénonLes portiques et les façades,
Tandis que quelques-uns d'entre eux,Minant le sol, sapant la base,S'apprêtent par un art affreux,A faire de tout table rase.
Ce sont, véniels et mortels,Tous les péchés des catéchismesEt bien d'autres encore telsQu'ils font les sophismes des schismes.
La Luxure aux tours sans merci,L'affreuse Avarice morale,La Paresse morale aussi,L'Envie à la dent sépulcrale,
La Colère hors des combats,La Gourmandise, rage, ivresse,L'Orgueil, alors, qu'il ne faut pas,Sans compter la sourde détresse
Des vices à peine entrevus,Dans la conscience scrutée,Hideur brouillée et tas confus,Tourbe grouillante et ballottée.
Mais quoi ! n'est-ce pas toujours vous,Démon femelle triple peste,Pire flot de tout ce remous,Pire ordure que tout le reste,
Vous toujours, vil cri de haro,Qui me proclame et me diffame,Gueuse inepte, lâche bourreau,Horrible, horrible, horrible femme ?
Vous, l'insultant mensonge noir,La haine longue, l'affront rance,Vous qui seriez le désespoir,Si la Foi n'était l'Espérance
Et l'Espérance le pardon,Et ce pardon une vengeance.Mais quel voluptueux pardon,Quelle savoureuse vengeance !
Et tous trois, espérance et foiEt pardon, chassant la séquelleInfernale de devant moi,Protégeront de leur tutelle
Les nobles travaux qu'a reprisMa bonne volonté calmée,Pour grâce à des grâces sans prix,Achever l'œuvre bien-aimée
Toute de marbres précieuxEn ordonnance solennelleBien par delà les derniers cieuxJusque dans la vie éternelle
Versification
- Forme
- 20 quatrains (quatrains)
- Rimes
- 20(abab)
- Mètre
- Octosyllabes
- Strophes
- 20 quatrains
- Mots à la rime
- a mûr / sûr masculine, classiqueb ravie / vie féminine, classiquea tout / debout masculine, classiqueb ruinée / graminée féminine, classiquea vertu / abattu masculine, classiqueb certes / vertes féminine, classiquea fallait / lait masculine, classiqueb brave / lave féminine, classiquea ans / plaisants masculine, classiqueb courage / l'orage féminine, classiquea respect / drapait masculine, classiqueb lignes / cygnes féminine, classiquea insidieux / radieux masculine, classiqueb anges / étranges féminine, classiquea nom / Parthénon masculine, classiqueb fades / façades féminine, classiquea eux / affreux masculine, classiqueb base / rase féminine, classiquea mortels / tels masculine, classiqueb catéchismes / schismes féminine, classiquea merci / aussi masculine, classiqueb morale / sépulcrale féminine, classiquea combats / pas masculine, classiqueb ivresse / détresse féminine, classiquea entrevus / confus masculine, classiqueb scrutée / ballottée féminine, classiquea vous / remous masculine, classiqueb peste / reste féminine, classiquea haro / bourreau masculine, classiqueb diffame / femme féminine, classiquea noir / désespoir masculine, classiqueb rance / l'Espérance féminine, classiquea pardon masculine, classiqueb vengeance féminine, classiquea foi / moi masculine, classiqueb séquelle / tutelle féminine, classiquea repris / prix masculine, classiqueb calmée / bien-aimée féminine, classiquea précieux / cieux masculine, classiqueb solennelle / éternelle féminine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.8· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
80 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poésies religieuses, Paris, LIBRAIRIE LÉON VANIER, ÉDITEUR, A. MESSEIN Succr., 1904· numérisation gallica.bnf.fr· Sources