Femmes, 1890
XI. Pour Rita
J'abomine une femme maigre,Pourtant je t'adore, ô Rita,Avec tes lèvres un peu nègreOù la luxure s'empâta.
Avec tes noirs cheveux, obscènesÀ force d'être beaux ainsiEt tes yeux où ce sont des scènesSentant, parole ! le roussi,
Tant leur feu sombre et gai quand mêmeD'une si lubrique gaîtéÉclaire de grâce suprêmeDans la pire impudicité
Regard flûtant au virtuoseEs-pratiques dont on se tait :« Quoi que tu te proposes, oseTout ce que ton cul te dictait » ;
Et sur ta taille comme d'homme,Fine et très fine cependant,Ton buste, perplexe SodomeEntreprenant puis hésitant,
Car dans l'étoffe trop tendueDe tes corsages corrupteursTes petits seins durs de statueDisent : « Homme ou femme ? » aux boudeur.
Mais tes jambes, que fémininesLeur grâce grasse vers le hautJusques aux fesses que devineMon désir, jamais en défaut,
Dans les plis cochons de ta robeQu’un art salop sut disposerPour montrer plus qu’il ne dérobeUn ventre où le mien se poser !
Bref, tout ton être ne respireQue faims et soifs et passions…Or je me crois encore pire :Faudrait que nous comparassions.
Allons, vite au lit, mon infante,Çà livrons-nous jusqu’au matinUne bataille triomphanteÀ qui sera le plus putain.
1890.
Versification
- Mètre
- Octosyllabes
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
40 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Femmes, Bruxelles, Kistemaeckers, 1890· numérisation wikisource.org· Sources