Invectives, 1896
XX. Compliment a un autre magistrat
EN ARRAS
CECI vaut le classique‖ hexamètre. ÉcoutezReligieusement,‖ car ce sont vérités,Ma parole sacrée,‖ ou le diable m’emporte !Il s’agissait de mettre‖ un couvent à la porteEn vertu de décrets‖ signés Jules Grévy.Et ce fut un scandale‖ énorme tôt suiviD’un bien plus grand encor‖ quand, pour le mémorableAssaut, la garnison‖ pourtant considérable :Génie et train et ligne‖ encor se renforçaitDe l’importante ville forte‖ que l’on sait,De police rurale‖ et de gendarmerie,— Plus, ultima‖ ratio, de l’artillerie.
Mais reprenons.Aux fins de sommer « l’ennemi »Composé de quatre vieillards,‖ d’une demi-Douzaine d’ordinands‖ et du portier, l’usageVeut que cela soit fait —‖ l’usage est-il très sage ? —En pareil cas, par le‖ Procureur du ressort.Or, dans l’espèce, le‖ Procureur fit le mort.On cherche, on fouille, l’on‖ trifouille, l’on déterre.Pas plus de Procureur‖ que sur la main. Mystère !Mystère ? Non !‖ assure-t-on dans les salons ;Non, clame-t-on dans les cafés.— « Eh mais, allons,Le Petit la connaît,‖ le Petit n’est pas bête. »
Cependant la Loi triomphait.‖ Dieu ! quelle fêtePour la démocrassie‖ et pour la liberté !Solidaires dans l’indivisibilité.On enfonça la porte‖ à coups de hache et d’autresEngins d’effraction,‖ sous l’ail en patenôtresD’un monsieur laid titré‖ commissaire centralCeint d’un large torchon‖ tricolore ventral,Comme eût dit René Ghil‖ pour termer une écharpe,Et les soldats honteux‖ de cet exploit d’escarpe,L’arme au pied, attendaient‖ le signal de tirer,De charger, de pointer,‖ mais on put espérerBientôt qu’on n’aurait point‖ besoin de ces extrêmesExpédients,‖ car bientôt s’en sortirent, blêmesMais fermes, leurs paquets‖ à la main, les vaincusAvec, au col, la main‖ chacun de deux Argus.(Lisez : « policiers », mais‖ les besoins de la rime !)
Or pendant que‖ l’on punissait ainsi le crimeD’être chez soi priant,‖ aumônieux et doux,Monsieur le Procureur,‖ aux champs, soignait la touxQui l’avait justement‖ pris la veille des choses(Des oncles, bons chrétiens,‖ s’étaient montrés morosesDevant le « devoir » incombant‖ à leur neveuQui, Ciel nouveau, luttant‖ entre le monde et Dieu,Entre la révocation‖ et l’héritage)Pris ce biais d’être malade.Après l’orageIl revint dans sa bonne ville,‖ très guériEt très bientôt, grâce à‖ du zèle dru, nourri,— Tel le feu d’une armée‖ au cœur d’une bataille —Se vit promu, malgré‖ les rires, — faut qu’on raille !— Président, s’il vous plaît,‖ du Tribunal civilDe la ville, et taxé‖ par les uns d’être vilPar les autres d’être un‖ malin… C’est bien la vie !
Magistrature que‖ l’Europe nous envie !
14 novembre 1891.
Versification
- Forme
- Distiques
- Rimes
- 28((aa))
- Mètre
- Alexandrins· profil 6÷6
- Mots à la rime
- a Écoutez / vérités masculine, classiqueb m’emporte / porte féminine, classiquec Grévy / suivi masculine, classiqued mémorable / considérable féminine, classiquee renforçait / sait masculine, classiquef gendarmerie / l’artillerie féminine, classiquea reprenons / l’ennemi / demi masculine, classiqueb l’usage / sage féminine, classiquec ressort / mort masculine, classiqued déterre / Mystère féminine, classiquee salons / cafés / allons masculine, classiquef bête / fête féminine, classiqueb liberté / l’indivisibilité masculine, classiquec d’autres / patenôtres féminine, classiqued central / ventral masculine, classiquee écharpe / d’escarpe féminine, classiquef tirer / espérer masculine, classiqueg extrêmes / blêmes féminine, classiqueh vaincus / Argus masculine, classiquei rime / crime féminine, classiqueb doux / toux masculine, classiquec choses / moroses féminine, classiqued neveu / Dieu masculine, classiquee l’héritage / malade / l’orage féminine, classiquef guéri / nourri masculine, classiqueg bataille / raille féminine, classiqueh civil / vil masculine, classiquei vie / envie féminine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.6· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
59 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes, Paris, Léon Vanier, 1901· numérisation scribd.com· Sources