Réglages

Mémorisé dans ce navigateur.

Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Invectives, 1896

LXIX. Mon apologie

Paul Verlaine· distiques, alexandrins, 50 vers

JE suis un homme étrange,‖ à ce que l’on me dit ;Aux yeux de quelques-uns‖ pur et simple bandit,Pur et simple imbécile‖ aux yeux de quelques autres ;D’autres encor m’ont mis‖ au rang des faux apôtres,Pourquoi ? D’aucuns enfin‖ au rang des dieux, pourquoi,Mon Dieu ? Quand je ne suis‖ qu’un bonhomme assez coi,Somme toute, en dépit‖ de quelque incohérence.

Or j’ai souffert pas mal‖ et joui non moins : ranceJuste milieu, je t’ai‖ toujours mal reniflé,Malgré tout mon désir‖ de vivre mieux réglé.Mieux équilibré, comme‖ parlerait un sageDe nos jours après tout‖ sages, selon l’usageDes jours anciens et futurs.

Donc, j’ai souffertBeaucoup et surtout de‖ mon fait, à découvert,Par exemple, et saignant‖ ainsi que pour l’exemple,Et scandaleux‖ comme l’ilote. Oui, mais quel, ampleEt bon remords me prit,‖ par la grâce de Dieu,De mes fautes d’antan,‖ presque juste au milieuDe l’expiation‖ de tant de jouissances !

Et, dès lors, j’ai vécu‖ de toutes les puissancesDu cœur et de l’esprit‖ bien mûris par l’étéSplendide du bonheur‖ et de l’adversité.Voilà pourquoi je suis‖ ce qu’on nomme cet hommeÉtrange, et qui ne l’est,‖ encore qu’on le nomme

Tel. Au plus un original ;‖ encore, encor ?Car je ne pose pas‖ dans tel ou tel décor,Que je sache, et mon geste‖ est d’un complet nature,Triste ou gai, je concède‖ assez vif, d’aventure,Quand il sied, assez lent‖ par hasard, s’il le faut.

Donc, ô mes amis chers,‖ prisez pour ce qu’il vautMon caractère tel‖ qu’il est : tout d’une pièce ?Non, et je ne crois pas‖ qu’il emporte en l’espèce,Mais fort peu compliqué ;‖ de bonne foi toujours ?Non, car je suis un homme‖ et je ne suis pas l’oursDes solitudes, brave bête‖ un peu farouche,Mais si franche ! — et je mens‖ parfois, plutôt de boucheQu’autrement, mais enfin‖ je mens… au fond, si peu !Et oui, j’ai mes défauts,‖ qui n’en a devant Dieu ?J’ai mes vices aussi,‖ parbleu ! Qui n’en a guèreOu beaucoup ? Mais à la‖ guerre comme à la guerreIl faut me supporter‖ ainsi, m’aimer ainsiPlutôt, car j’ai besoin qu’on m’aime.

Et puis ceci :Dieu m’a béni, lui qui‖ punit de main de maître,Terriblement, et j’ai‖ reconquis tout mon êtreDans le malheur‖ tant mérité, tant médité,Et c’est ce qui m’a fait‖ meilleur, en vérité,Que beaucoup d’entre ceux‖ dont si stricte est l’enquête.

Mais, Seigneur, gardez-moi‖ de l’orgueil, toujours bête !

Versification

Forme
Distiques
Rimes
24((aa))
Mètre
Alexandrins· profil 6÷6
Mots à la rime
a dit / bandit masculine, classiqueb autres / apôtres féminine, classiquec pourquoi / coi masculine, classiqued incohérence / rance féminine, classiqueb reniflé / réglé masculine, classiquec sage / l’usage féminine, classiquea futurs / souffert / découvert masculine, classiqueb l’exemple / ample féminine, classiquec Dieu / milieu masculine, classiqued jouissances / puissances féminine, classiqueb l’été / l’adversité masculine, classiquec homme / nomme féminine, classiquea encor / décor masculine, classiqueb nature / d’aventure féminine, classiquec faut / vaut masculine, classiqueb pièce / l’espèce féminine, classiquec toujours / l’ours masculine, classiqued farouche / bouche féminine, classiquee peu / Dieu masculine, classiquef guère / guerre féminine, classiqueg ainsi / m’aime / ceci masculine, classiqueb maître / être féminine, classiquec médité / vérité masculine, classiqued l’enquête / bête féminine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.4· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

50 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes, Paris, Léon Vanier, 1901· numérisation scribd.com· Sources